
Hans-Herman Hoppe (HHH) est un économiste de l’école autrichienne et un philosophe libertaire/anarcho-capitaliste.
L’école autrichienne (dite aussi « école de Vienne » ou « école psychologique ») est une école de pensée en économie dont la fondation est réputée remonter à la publication des Principes d’économie politique de Carl Menger en 1871. Ses principaux représentants sont, outre ce dernier, Eugen Böhm-Bawerk, Ludwig von Mises, Joseph Schumpeter, Friedrich Hayek, et Murray Rothbard. La prédominance des économistes autrichiens parmi les fondateurs (tous les noms ci-dessus sauf Rothbard) est à l’origine de la dénomination de l’école, qui chercha aussi à se démarquer de l’Ecole Historique allemande1.
Comme l’a décrite l’un de ses fervents partisans : « Il ne s’agit pas d’un domaine de l’économie, mais d’une autre façon d’envisager la science dans son ensemble. Alors que d’autres écoles s’appuient principalement sur des modèles mathématiques idéalisés de l’économie et suggèrent des moyens pour le gouvernement de rendre le monde conforme, la théorie autrichienne est plus réaliste et donc plus socialement scientifique. Les Autrichiens considèrent l’économie comme un outil permettant de comprendre comment les gens coopèrent et rivalisent dans le processus de satisfaction des besoins, d’allocation des ressources et de découverte des moyens de construire un ordre social prospère (et) l’esprit d’entreprise comme une force critique dans le développement économique, la propriété privée comme essentielle à une utilisation efficace des ressources, et l’intervention de l’État dans le processus de marché comme toujours et partout destructrice »2.
Dans ce livre3, HHH s’attache à répondre à trois questions : Quelle est l’origine de la propriété foncière et de la famille, fondations institutionnelles de l’agriculture qui advient avec la Révolution Néolithique il y a quelque 11 000 ans ? Quelle est l’origine de la Révolution Industrielle il y a environ 200 ans, qui a permis de briser le piège malthusien qui plafonnait le niveau de vie par habitant à celui de subsistance ? Enfin, quelle est l’origine de l’Etat et comment s’est-il transformé pour atteindre son avatar actuel de l’Etat démocratique ?
HHH ne cache pas que cette histoire « rationnellement reconstruite » est « dans une mesure significative une histoire révisionniste ». Les deux premières études —lumineuses — sont plus convaincantes que la troisième, qui débouche sur une critique radicale de l’Etat, « institution fondamentalement parasitaire ».
1) Les origines de la propriété foncière privée et de la famille
HHH place son point de départ il y a 50 000 ans, quand l’ « homme anatomiquement moderne » a évolué vers l’« homme comportementalement moderne », lorsque l’homme pratique la chasse-cueillette et que le langage émerge.
Cette population d’hommes modernes n’excède alors pas les 5 000 confinés à l’Afrique du Nord-est. Les autres espèce du genre Homo4 (Néandertalien, etc.) achèvent de disparaître entre il y a 25 000 et 13 000 ans.
Groupés en bandes nomades de chasseurs-cueilleurs, ils mènent une vie essentiellement parasitaire, ne consommant que ce que la nature peut leur offrir (baies, animaux sauvages comestibles, etc.) compte tenu de sa capacité auto-régénérative.
Aussi, leur problème est de s’assurer que soit respecté l’équilibre entre taille de la population sur un territoire donné et la capacité de ce territoire à leur fournir les moyens de subsistence suffisants. Le mode de vie parasitaire des chasseurs-cueilleurs les condamnait à maintenir une densité de population très basse.
Faute de pouvoir maintenir la population à un niveau stationnaire (compatible avec les ressources naturelle du territoire), ces populations n’avaient que trois options : se battre ; migrer; ou inventer un nouvelle modalité technologico-sociale permettant à une population plus grande de survivre sur un territoire donné.
De fait, ces sociétés sont particulièrement violentes, contrairement aux représentations iréniques qu’ont données de cet état de nature Rousseau et d’autres.
Mais c’est l’émigration qui est l’option la plus généralement choisie, également il y a environ 50 000 ans lorsque l’invention du bateau en offre le moyen technologique, et que la baisse des températures et du niveau des mers (jusqu’à il y a environ 12-11 000 ans5) permet de passer d’un continent à un autre, notamment la Porte des lamentations (aujourd’hui Bab-el-Mandeb), le détroit qui relie la Mer Rouge au Golfe d’Aden.
Il y a environ 12 000 ans l’homme moderne était présent sur tous les continents, sauf exceptions.
La population continuant d’augmenter et dépassant le niveau optimal par rapport à une quantité de terre devenue finie6, il ne restait plus à l’homme des trois options que celles de se battre ou d’inventer.
Et pas n’importe quelle invention. Par exemple, l’invention de l’arc et des flèches il y a quelque 20 000 ans améliore la productivité (il faut moins du temps pour tuer un animal) mais ne résout pas le problème fondamental qui est de nourrir une population croissante.
La solution a été ce « changement révolutionnaire dans le mode entier de production » qu’a représenté la Révolution Néolithique : la transition d’une production de nourriture par chasse-cueillette à une production de nourriture par la culture de plantes (l’agriculture) et l’élevage d’animaux domestiqués.
Cette révolution débute il y a quelque 11 000 ans dans le Croissant fertile, la Mésopotamie, et s’est exprimé dans deux innovations institutionnelles parallèles et inter-reliées : la propriété privée (ou collective) de la terre, et la famille. Et corrélativement, celle de la sédentarité sous forme des premiers établissements durables que sont les maisons et villages (point sur lequel HHH glisse trop rapidement).
Pourquoi la famille (monogame ou polygame) ? La famille répond à la nécessité de maîtriser la natalité, l’autre facette du piège malthusien (la première étant la suffisance de nourriture). Dans le régime antérieur, les bénéfices et les coûts de la progéniture sont mis en commun, socialisés. C’est l’amour libre, qui a ses avantages, mais pour inconvénient majeur qu’il pousse à une reproduction excessive. En privatisant ces bénéfices et ses coûts, la famille permet de réfréner cette tendance. Chacun —à commencer par les mâles— assume la responsabilité et le coût de sa progéniture.
Une autre conséquence de l’émergence de la propriété privée foncière et de la famille est que la production n’est plus partagée sur la base du communisme primitif (à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités) mais selon la contribution de chaque famille (ou ménage). Le prix de ce mode de production supérieur —qui desserre pour un temps la mâchoire du piège malthusien— c’est la naissance de l’inégalité économique.
Ce mode de production et mode de vie associé va se répandre irrésistiblement à toute la planète, sauf quelques îlots où des peuplades primitives ont survécu. Cela va être aussi le point de départ d’une forte augmentation de la population mondiale, qui passe de quelque 4 millions au moment de la Révolution Néolithique à 170 millions au début de l’ère chrétienne, et près de 1 milliard en 1800.
2) Les origines de la Révolution Industrielle
L’ère agraire décrite précédemment aura duré quelque 10 800 ans. Le piège malthusien s’est à nouveau refermé, à mesure que la population croissait. En effet, ni l’agriculture et l’élevage ni la famille n’avaient apporté « une solution permanente à l’excès de population », de sorte que le revenu par habitant dans l’Angleterre du XVIIIe était à peine supérieur à celui de la Babylone antique ! Il y avait certes eu des inventions, qui avaient permis une augmentation de la population, mais « le taux de progrès technologique n’était jamais suffisant pour permettre une augmentation de la population combinée à une hausse du niveau de vie ».
HHH explique la Révolution Industrielle (dont le détail ne l’intéresse pas —ce qui compte c’est ce phénomène historique sans précédent qu’est la fin du piège malthusien) par une percée autour de 1800 de l’intelligence humaine (comme la Révolution Néolithique avait été elle-même le résultat d’une telle percée).
Cette intelligence se développe au sein de certaines populations par un mécanisme de sélection naturelle selon lequel le succès économique dû aux talents conduit au succès reproductif. Les nouvelles conditions d’existence créées par la Révolution Néolithique rendent encore plus visibles l’inégalité naturelle des hommes, et la différenciation sociale qui s’ensuit, amplifiant ce mécanisme de sélection.
Cette tendance a été accentuée dans les régions dont l’environnement était le plus adverse, notamment les régions du nord, à la saisonnalité forte, car l’intelligence y était plus sollicitée. Ces variations climatiques ont aiguisé l’intelligence des populations y résidant, et expliquent que toutes les avancées technologiques les plus significatives entre Révolution Néolithique et Révolution Industrielle s’y soient produites. Selon HHH, qui ne craint pas d’écrire que seul le politiquement correct a empêché que cette évidence soit admise : « le QI moyen des nations décline graduellement à mesure que l’on passe du Nord au Sud ». Remise à l’honneur de la vieille théorie des climats qui de Hippocrate à Hegel en passant par Montesquieu et Rousseau encore visait à expliquer les comportements humains par l’environnement physique7.
La Révolution Industrielle non seulement brise le piège malthusien, elle va aussi conduire à l’instauration d’un Etat encore plus parasitaire, qui va pouvoir grandir sans réduire le revenu par habitant et la taille de la population (« L’État devient alors un poids permanent sur l’économie et les revenus par habitant »), et produire des conséquences dysgéniques (auxquelles HHH fait une allusion rapide sans approfondir)8.
3) Les origines de l’Etat et de sa transformation d’un État monarchique en un État démocratique
A l’origine, la question posée est celle du règlement du conflit inter-personnel, qui est toujours, selon HHH, « un conflit entre quelqu’un qui contrôle déjà quelque chose et quelqu’un d’autre qui veut le faire à sa place » (HHH ne le dit pas, mais il s’agit ici seulement du conflit économique, qui présuppose la rareté des biens).
Enumérant les pouvoirs qui sont ceux de l’Etat moderne (« juge ultime dans tous les cas de conflit », il « décide de ce que vous avez le droit de garder de votre propriété » ; par son pouvoir de faire la loi, de légiférer, « votre vie entière est à sa merci » ; et il a même le droit de vous faire tuer !), HHH s’interroge : « Comment une institution aussi étonnante, voire folle, a-t-elle pu voir le jour ? ».
Ce processus (que HHH qualifie d’ « histoire d’une folie et d’une déchéance progressives » sans laquelle notre société serait non pas moins prospère mais encore plus qu’elle ne l’est devenue) a été graduel et il en distingue trois phases.
« L’ordre naturel aristocratique » qui a prévalu en Europe durant l’âge féodal (le Moyen-Age du Xe au XIIe siècle en gros), où « l’aristocratie (ou élite) naturelle » est juge dans les conflits inter-personnels, parce que c’est vers elle, en vertu de ses talents reconnus, que le peuple se tourne pour résoudre ses conflits. Le Roi féodal et les nobles sont soumis à un droit naturel ; personne n’a le droit d’édicter de nouvelles lois ; le Roi ne peut taxer qu’avec le consentement des sujets. Ce droit fixe des bornes aux actions du Roi. Personne n’a le monopole de la fonction de juge.
Dans une seconde phase, celle de la monarchie, absolue puis constitutionnelle, —dont HHH n’explicite pas quand et comment exactement elle advient sauf à dire énigmatiquement quelle procéda d’un coup d’Etat—, le Roi s’attribue le monopole de la justice, le pouvoir de taxer, et de faire des lois. L’Etat apparaît9.
Pour réaliser son coup (d’Etat), ce Roi-Etat fit alliance avec le peuple (contre l’aristocratie et ses « privilèges ») et les intellectuels qu’il prit à son service en échange de la production d’une idéologie de promotion de l’Etat (fondée notamment sue le mythe de l’état de nature où, comme l’écrivit le philosophe anglais Thomas Hobbes, « l’homme est un loup pour l’homme »10 et d’un contrat originel conclu avec les sujets pour en sortir11. Ceci nous vaut au passage une savoureuse pique de l’auteur contre cette corporation : « les intellectuels souffrent, presque congénitalement, d’une image de soi très exagérée et sont donc toujours enclins à l’envie et deviennent facilement des promoteurs avides de l’envie ».
Loin d’adoucir la situation, le passage d’une monarchie absolue à une monarchie constitutionnelle l’aggrave, car la Constitution codifie le droit de taxer sans consentement et de faire des lois.
La troisième phase, la démocratie, pousse les conséquences de la logique précédente jusqu’à son terme, et l’on retrouve les intellectuels à la manoeuvre, exploitant et échauffant la passion égalitariste, et notamment de l’égalité devant la loi. : « En démocratie, tout le monde est égal dans la mesure où l’accès au gouvernement de l’État est ouvert à tous sur un pied d’égalité. Tout le monde peut devenir roi, en quelque sorte, et pas seulement un cercle de privilégiés ». Mais, rétorque HHH : « Au lieu d’être réservés aux princes et aux nobles, les privilèges sont, en démocratie, à la portée de tous : Tout le monde peut participer au vol et vivre du butin volé si seulement il devient fonctionnaire » et « en démocratie, chacun est libre de promouvoir et d’essayer de mettre en œuvre une législation en sa faveur, à condition d’être admis au parlement ou au gouvernement ». En outre, le caractère transitoire des fonctions politiques électives encourage la dilapidation par les gouvernants du « stock de capital » dont ils ont la charge.
HHH s’en prend au principe même de l’élection : « la sélection des dirigeants de l’État par le biais d’élections populaires rend pratiquement impossible l’accession au sommet d’une personne inoffensive ou honnête », mais au contraire de celles que distingue « leur capacité à être des démagogues sans inhibitions morales ». Conséquence : « la démocratie garantit pratiquement que seuls des hommes dangereux accèdent au sommet de l’État ». En outre, à travers l’illusion que le pouvoir appartient au peuple et le sert, elle affaiblit la résistance du public contre le pouvoir du gouvernement.
Pire, la démocratie entraîne un avilissement moral de la population : « Les sentiments égalitaires et l’envie se donnent libre cours. Tout le monde, et pas seulement le roi, est désormais autorisé à participer à l’exploitation – par le biais d’une législation ou l’impôt – de tous les autres. Chacun est libre d’exprimer n’importe quelle revendication confiscatoire. (…) Chaque personne et ses biens personnels sont à la portée et à la merci de tous les autres ».
Conséquence fatale : « Il faut s’attendre à ce que les majorités de démunis essaient constamment de s’enrichir aux dépens des minorités de nantis ». Mais HHH apporte à cet argument une nuance crue mais subtile : « Il est peu probable que des abrutis, même s’ils constituent une majorité, soient systématiquement plus malins et s’enrichissent aux dépens d’une minorité d’individus brillants et énergiques. La redistribution se fera plutôt au sein du groupe des non-pauvres, et ce seront souvent les plus aisés qui parviendront à se faire subventionner par les pauvres ». On pourra déceler ici une référence à des débats toujours en vigueur, et notamment en France, sur la question de savoir si la redistribution se fait toujours au profit des plus nécessiteux. Cette importance de la redistribution, note HHH, affaiblit l’attrait des activités productives et l’incitation à s’y engager, « avec pour résultat global d’appauvrir la société et de rendre la vie de plus en plus désagréable ».
La démocratie débouche sur la production d’une nouvelle classe dirigeante, politique celle-là, mais qui selon HHH n’est que l’agent des « ploutocrates« , qui ont décidé « d’utiliser leurs richesses pour s’emparer de l’État et utilisent la politique comme un moyen de s’enrichir », sans d’ailleurs nécessairement faire de la politique eux-mêmes.
Enfin, la démocratie change la nature de la guerre, qui de dynastiques et limitées deviennent totales et idéologiques —la gloire nationale, la démocratie, la liberté, la civilisation, l’humanité. Et « la tendance déjà amorcée par la guerre des rois à conduire à une centralisation politique accrue, à l’édification d’un empire (NB : y compris ce que HHH appelle un « impérialisme monétaire », peut-être en référence au règne du dollar), est poursuivie et accélérée par la guerre démocratique ». La démonstration manque d’exemples malheureusement.
Le terme de cette évolution c’est une sorte d’Empire mondial mais « plus un État se rapproche de l’objectif ultime de domination mondiale, de gouvernement unique et de monnaie fiduciaire », plus il détruit la substance dont il se nourrit, et il s’effondre par implosion économique.
Cet Etat hypertrophié s’occupe de tout et se mêle de tout, à un coût si exorbitant que l’on taxe désormais le futur (par la dette) et que « le système démocratique est au bord de l’effondrement économique et de la faillite » ; et « pourtant, la seule tâche que le gouvernement était censé assumer, à savoir la protection de notre vie et de nos biens, n’est pas remplie » tandis que « l’élite dirigeante des politiciens et des ploutocrates est devenue de plus en plus riche, corrompue, dangereusement armée et arrogante ».
Même si ses assertions sur la médiocre qualité du personnel politique et le « rapport qualité-prix » discutable de l’Etat moderne rencontreraient sûrement l’adhésion de nombre de nos contemporains mécontents de leurs dirigeants du moment, cette théorie de HHH sur l’Etat est, il faut l’admettre, plutôt rocambolesque. Mais quand on observe l’hypertrophie de l’Etat moderne, on doit se demander si ce tournant cataclysmique (l’établissement d’un monopole territorial de décision ultime, c’est-à-dire d’un État) était inéluctable, s’il s’est bien produit selon le scénario décrit avec aplomb (c’est un euphémisme) par Hoppe, et à quelles conditions il pourrait être corrigé12.
Car plus peut-être que celle de la démocratie (qui, dans la théorie de Hoppe, serait un facteur aggravant : partie du problème et non de la solution), la question cruciale pour l’homme passionné de liberté est bien celle-ci : Peut-on revenir et comment sur cette croissance apparemment inexorable de l’Etat ?
Notes :
- David Gordon. The Philosophical Origins of Austrian Economics. 1994. ↩︎
- Llewellyn H. Rockwell Jr. Why Austrian Economics matters. 2007. Rockwell a fondé en 1982 et préside depuis le Mises Institute, un think tank américain dédié à la promotion des idées de l’école autrichienne. Site. ↩︎
- Titre original : A Short History of Man. 2015. ↩︎
- Plus d’informations : ici. ↩︎
- Et le début de l’holocène, la période de réchauffement interglaciaire dans laquelle nous vivons toujours. ↩︎
- Un facteur travail qui s’accroît par rapport à un facteur terre fixe conduit à des rendements décroissants (le produit marginal découlant de l’utilisation d’une unité de travail supplémentaire décroît passé un certain seuil, —le produit augmente moins que proportionnellement au facteur travail—, et pour un état donné de développement technologique et degré de spécialisation), et à ce que Ludwig von Mises a appelé la « loi de population malthusienne« . Si la taille de la population excède ce seuil, le revenu par habitant déclinera invariablement. ↩︎
- Montesquieu est fameux pour l’avoir appliquée à la sphère politique : « Ce sont les différents besoins dans les différents climats, qui ont formé les différentes manières de vivre ; et ces différentes manières de vivre ont formé les diverses sortes de lois » (Esprit des Lois. 1748. 3e partie, Livre XIV, chap. X.). Rousseau dit à peu près la même chose : « Voilà donc, dans chaque climat, des causes naturelles sur lesquelles on peut assigner la forme de gouvernement à laquelle la force du climat l’entraîne, et dire même quelle espèce d’habitants il doit avoir » (…) « par lʼeffet du climat le despotisme convient aux pays chauds, la barbarie aux pays froids, et la bonne politie aux régions intermédiaires » (Du Contrat social. 1762. Chapitre 3). ↩︎
- C’est à dire que la qualité de la population baisse. En permettant aux économiquement faibles — »principaux clients de l’Etat-Providence« — de se reproduire en plus grand nombre (ces remarques très limites rappellent les théories du Dr. Alexis Carrel et de l’eugénisme américain ; Hoppe se garde bien d’ailleurs d’en tirer des conclusions pratiques) ; et parce que la réussite économique devient de plus en plus dépendante de la politique et du talent politique, c’est-à-dire du talent d’utiliser l’État pour s’enrichir aux dépens des autres. Deux œuvres de science-fiction ont utilisé l’effet dysgénique comme prémisse pour imaginer des sociétés dystopiques. Dans la nouvelle La Longue Marche des cornichons (1951), Cyril M. Kornbluth dépeint une société du futur dans laquelle la majorité de l’humanité est constituée d’imbéciles entretenus par une minuscule élite intelligente. L’auteur explique cette détérioration par une fécondité trop faible des gens à haut QI et une fécondité trop forte des personnes faiblement intelligentes. Le film Idiocracy de 2006 propose une fiction quasi identique. ↩︎
- « Un monopole territorial de la magistrature suprême a été établi et, avec lui, le pouvoir de légiférer, la séparation du droit et sa subordination à la législation ». « L’institution d’un monopole légal de la prise de décision ultime constitue l’ultime folie morale et économique et la racine de tous les maux ». ↩︎
- Dans son Leviathan. 1651. ↩︎
- Thème du contrat social dans l’oeuvre éponyme de Rousseau de 1762, que HHH ne cite pas. ↩︎
- Selon Hoppe, la solution au problème de l’ »ordre social » (social order) en dehors de l’Etat est une société de droit privé (Private-Law Society) où entre autres : « La production de la sécurité – de la loi et de l’ordre – sera assurée par des individus et des agences financés librement, et en concurrence, pour une clientèle qui paie (ou ne paie pas) volontairement, tout comme la production de tous les autres biens et services ». Le droit pour quiconque à l’auto-défense et de porter des armes sera reconnu, le règlement des conflits par recours à l’arbitrage, etc. Pour un exposé plus détaillé, cf. Son intervention de 2011 State or Private Law Society. Stimulant à défaut d’être totalement convainquant. ↩︎
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