Chroniques d’un âge de plomb

Je viens de publier « Chroniques d’un âge de plomb » (aux éditions Hérault).

Ce livre est un recueil d’une quarantaine d’article publiés entre automne 2022 et été 2024 sur ce blog. Je n’avais pas au départ projeté d’écrire un livre. L’écriture des textes a précédé l’idée du livre.

Le fil de rouge du livre, ce qui lui donne son unité, c’est de mettre en lumière quelques unes des manifestations des crises multiples et profondes qui affectent notre pays, mais aussi, au delà, la civilisation occidentale à laquelle la France appartient, et notre planète, que hante à nouveau le spectre d’une nouvelle guerre mondiale.

Nous avons, en effet, plus ou moins confusément, le sentiment de vivre un crépuscule. Celui d’une époque, peut-être celui d’une civilisation. Le sentiment que des barbares de toute sorte sont massés à nos frontières, et même que certains les ont franchies, que peut-être nous-mêmes à certains égards sommes devenus des barbares. Ces textes sont le témoin de mes inquiétudes quant à la survie de notre planète, de notre civilisation occidentale, et de notre nation française face aux périls 1 qui les assaillent, et un appel en filigrane au sursaut individuel et collectif.

Quels sont ces périls ? Dans le désordre, un État de plus en plus envahissant ; l’idéologie woke, endogène à l’Occident, l’islamisme, lui exogène, mais tous deux agents actifs et complices attelés et acharnés à sa destruction ; les nouvelles dictatures néo-impériales (Chine et Russie en avant-garde) dont les ambitions et le rejet de l’Occident font planer le spectre d’une nouvelle guerre mondiale ; l’implosion démographique des pays occidentaux ; l’immigration massive, qui menace notre culture, nos valeurs, et le vivre-ensemble qui a tissé et soudé notre nation ; etc. La liste est longue, sans compter les perspectives vertigineuses qu’ouvrent les avancées à pas de géant de l’intelligence artificielle (que je n’ai pas abordée).

Il faut avoir la lucidité de nommer ces périls, et le courage de les confronter. Il faut pour cela rejeter l’indifférence, dont Gramsci nous dit qu’elle est « l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, (…) le poids mort de l’histoire » 2. « L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité ». L’effet de cette indifférence, selon lui, c’est que « les destins d’une époque sont manipulés selon des (…) des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas », de sorte que « le mal qui s’abat sur tous (…) n’est pas tant dû à l’initiative de quelques-uns qui œuvrent, qu’à l’indifférence, l’absentéisme de beaucoup ».

Cette indifférence – qu’atteste en autres l’abstention croissante aux scrutins -, est fille d’un désenchantement, et surtout des plus jeunes, à l’égard de la politique, conséquence de la perte de foi dans les mérites de l’action publique, et dans l’efficacité, l’honnêteté et l’utilité même de la « classe politique ». 

On ne peut défendre une société, un pays, une civilisation si l’on y est indifférents. Toute construction sociale, entreprise, pays, qui meurt, c’est aussi, d’une certaine façon, que la force, l’envie de vivre et de persévérer, l’ont désertée, c’est que l’indifférence a sapé ses fondations morales et spirituelles. Défend-on quelque chose en lequel on ne croit plus ? De même, on ne peut tenter d’améliorer – de réformer – une société si l’on y est indifférents. L’indifférence est un terreau fertile pour les idéologies simplistes, dont les revendeurs évoquent ces charlatans faisant la retape sur les marchés pour écouler leur poudre de perlimpinpin à des badauds ébaubis.

Ces textes sont ma façon à moi de réagir à l’indifférence, de sonner le tocsin. De là leur ton vif, parfois polémique. L’indifférence ne se combat pas avec de la guimauve. Il faut des arguments certes, robustes et sourcés, mais il faut aussi parfois cogner, y aller « à coup de marteau », comme dirait Nietzsche 3.

Dans ces textes, transparaissent des convictions. Si j’essaie de les résumer, elles forment une triade : Liberté, Patrie, Nature.

Ma conviction première, le ressort de mon engagement, c’est la passion de la liberté. Elle m’inspire un attachement d’abord et surtout aux libertés publiques ; à l’État de droit qu’il ne faut pas confondre avec le gouvernement des juges (qui s’instaure en France) ; à la liberté d’entreprise – ressort de l’innovation et de la prospérité. Une saine méfiance de l’État, qui déploie toujours plus ses tentacules, et le rejet de l’absolutisme présidentiel (en France), de la bureaucratie, du centralisme jacobin, mais aussi de la gabegie budgétaire (péché mignon des gouvernements français), qui finit toujours par attenter à la liberté d’autrui (par l’impôt) ou des générations futures (par la dette). Le rejet aussi des idéologies à pente totalitaire, woke ou islamiste, qui véhiculent chacune à leur façon un nouvel obscurantisme, assorti d’une intolérance ravageuse. Ce goût de la liberté, comment ne pas dire qu’il me vient aussi de mes racines choletaises, une terre si durement éprouvée par la Guerre de Vendée, qui a appris à se battre pour la défendre, et dont les femmes et les hommes portent encore aujourd’hui l’héritage par leur inventivité, leur énergie, leur capacité à agir sans quémander l’aide d’autrui, à commencer par celle de la puissance publique ?

Une autre conviction – un sentiment aussi -, c’est le patriotisme. Je suis un Français fier de l’être, amoureux de son pays, prêt au combat s’il le faut contre ses ennemis, y compris intérieurs. Cette France, « que la Providence a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires » 4. Car la France est la clé de voûte de l’Occident, le symbole et la quintessence de tout ce qu’il représente aux yeux de ses ennemis, et notamment la liberté, et une certaine idée de l’homme et de sa dignité. C’est aussi une culture sublime, des paysages incomparables, une langue étincelante, et une gastronomie sans égale. Et c’est aussi pour cela que les manquements et les faiblesses occasionnels de la France me sont, au sens propre, douloureux. Et que le spectre de son déclassement, sinon de son déclin (par l’érosion de sa souveraineté, la dérive de son école, l’invasion migratoire et la poussée islamiste, l’addiction aux déficits, etc.) me hante. On ne souffre pas si on est indifférent.  

Enfin, je me sens intimement, charnellement, lié à notre planète, notre mère nature, Gaïa, du nom de la déesse grecque repris et popularisé par James Lovelock 5. L’espèce humaine, poussée vers l’excès par son striatum 6, n’oublie que trop qu’elle n’est que d’apparition récente et que son passage sur terre pourrait n’être qu’une parenthèse. Nous sommes face à une menace sans précédent, celle que font planer le changement climatique, et la destruction de la biodiversité. Nous saccageons la Terre, et continuons de le faire jour après jour avec trop d’insouciance, comme des somnambules, ignorant les signaux d’alarme, feignant de croire que l’effort ne nous concerne pas mais commence d’abord par les autres. Il nous faut ouvrir grand les yeux et avoir le courage de l’action nécessaire. Faute d’un mot plus neutre, je me sens aussi écologiste que ceux qui croient s’en être approprié le brevet pour eux seuls. Ou si l’on veut, un écologiste de raison.

Le livre est divisé en six parties. La première traite de l’État, dont la croissance apparemment inexorable, et le coût toujours plus lourd, ne peuvent que susciter la suspicion chez le libéral, mais aussi le démocrate. La seconde s’intéresse à quelques défis intérieurs auxquels est confronté notre pays, comme la chute de la natalité et une immigration excessive et sans contrôle, et le déséquilibre de ses institutions au profit d’un président trop puissant. La troisième est une réflexion sur l’Occident, cet ensemble civilisationnel et géopolitique auquel la France appartient, et que cerne de toutes parts une marée montante de menaces multiformes. La quatrième partie analyse la crise écologique, et notamment climatique, qui menace notre espèce humaine d’un effondrement sans précédent sans une riposte vigoureuse qui ne s’esquisse encore que trop timidement. La cinquième aborde quelques grands défis de politique extérieure. La sixième partie, enfin, traite de la construction européenne, et notamment du sujet de la défense européenne, dont la guerre russo-ukrainienne a ravivé l’actualité. 

Dans ce livre, je veux sonner le tocsin, et en appeller au sursaut – et donc à l’engagement – de tous ceux qui ne veulent pas disparaître sans résistance.

Un sursaut pour que survivent notre nation, notre civilisation, notre Terre. Cernées de périls, comme à aucun autre moment dans l’histoire de l’humanité.  

Je crois que la France est capable de sursaut.

Elle l’a montré dans le passé, capable de se redresser rapidement et magistralement après de terribles épreuves : 1815, 1871, 1918, 1945, 1958, etc.

Comme l’a dit le Général de Gaulle (encore lui) : « Elle est immortelle ; elle nous enterrera tous » 7.

Les domaines économique, scientifique, intellectuel et artistique présentent maints exemples de réussites, et même de pépites françaises, qui témoignent que l’énergie, la créativité, le talent, n’ont pas déserté nos rivages. Les Jeux Olympiques réussis de l’été 2024, la renaissance de Notre-Dame réouverte (et rédécouverte) en décembre de la même année, démontrent que la France est capable de prouesses d’organisation et de créativité.

Ce sursaut, il doit être à sa base intellectuel et moral, car rien ne nous condamne autant au déclin qu’un affaiblissement intellectuel et moral, et l’esprit de renoncement qu’il inspire. C’est la grande leçon de l’Histoire. 

Puisse le livre inspirer le désir et le courage du sursaut.

Le livre est disponible à la la librairie Le passage culturel, Cholet (49), ou sur commande auprès de l’éditeur (editions.herault@orange.fr).


  1. Le titre du recueil est inspiré par cette phase de l’histoire italienne récente (de la fin des années 1960 au début des années 1980) qu’on a baptisée les années de plomb (Gli anni di piombo), car elles ont été marquées par une tension politique extrême débouchant sur des violences, la lutte armée, et des actes terroristes perpétrés par des mouvements d’extrême droite et de gauche, sur fond de guerre froide. L’expression vient du film homonyme de Margarethe von Trotta de 1981, qui retrace, a posteriori, l’expérience historique vécue parallèlement par l’Allemagne de l’Ouest. La mini-série télévisée italienne Esterno notte (sur l’enlèvement du leader du parti de la Démocratie chétienne Aldo Moro), diffusée en 2022 sur Arte, restitue fort bien le climat très lourd – de plomb – de la période. ↩︎
  2. La città futura. 1917. Traduit de l’italien par Olivier Favier, https://www.marxists.org/francais/gramsci/works/1917/02/indifferents.htm ↩︎
  3. Crépuscule des idoles. 1888.  ↩︎
  4. Charles de Gaulle. Mémoires de guerre, Tome 1, L’Appel. 1954 ↩︎
  5. Scientifique britannique disparu en 2022, auteur entre autres de Gaia: A New Look at Life on Earth. 1979 ↩︎
  6. Une zone du cerveau, primitive, moteur à pulsions, tournée vers le « toujours plus », et qui libère de la dopamine, « molécule du plaisir ». Cf. les livres de Sébastien Bohler, et notamment Striatum : comment notre cerveau peut sauver la planète. 2023. Bohler précise que l’homme au cours de son évolution a développé un contre-feu – le cortex préfrontal -, qui peut dire non au striatum, et qui peut et doit être éduqué. ↩︎
  7. Adresse spontanée aux habitants de l’île de Sein, à l’occasion de la remise de la croix de la Libération à cette dernière, le 30 août 1946, https://www.ordredelaliberation.fr/fr/ile-de-sein. Quelques images ici : https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000003434/le-general-de-gaulle-rend-hommage-aux-marins-de-l-ile-de-sein.html ↩︎

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