Réarmement et défense européenne : pourquoi, et quelles conséquences ?

V2-12 mars 2025 (mis à jour en septembre 2025)

« Nous nous sommes tous transformés en gaullistes » Caspar Veldkamp, Ministre néerlandais des affaires étrangères 1

Ces deux sujets, qu’il faut bien distinguer, font aujourd’hui la une de l’actualité, un développement qui eût été inimaginable il y a seulement 15 ans, c’est à dire avant que Poutine ne fomente ses première attaques contre l’Ukraine, qui débouchèrent notamment sur l’annexion de la Crimée en 2014.

1) Pourquoi l’Europe devrait-elle se réarmer ?

Pour trois raisons : a) l’Europe fait face à une grave menace ; b) le parapluie militaire américain (via l’OTAN) l’avait dispensée d’un effort de défense en vraie grandeur et l’Europe a baissé la garde à partir de 1991 – année de la disparition de l’Union soviétique -, croyant qu’avec l’URSS et dans sa foulée le Pacte de Varsovie disparaissait son seul ennemi continental sérieux ; enfin, c) son allié américain n’est plus fiable et se prépare à lâcher l’Ukraine.

a) La menace grave est incarnée par la Russie de Poutine, responsable de la plus grande guerre d’agression sur le continent européen depuis 1940-41 et l’offensive de la Wehrmacht d’abord contre l’Europe de l’ouest en mai 1940, puis en juin 1941 2 contre l’Union soviétique (à la stupeur de Staline 3).

Certains doutent de la réalité ou de l’ampleur de cette menace, au delà de l’Ukraine. C’est le cas de Trump et de son entourage qui n’ont à la bouche que les mots de paix et de deal 4, et de certains intellectuels, comme Emmanuel Todd 5, pour qui seule l’Ukraine – « question existentielle » pour la Russie – est dans le viseur de Moscou. D’autres forces politiques, notamment d’extrême droite 6, ne peuvent cacher une certaine fascination pour Poutine, – dont le discours martial, les postures viriles et l’autoritarisme ont toujours exercé sur elles un charme irrésistible, – et manifestent au mieux de l’ambiguïté vis-à-vis de la Russie.

Mais la menace russe déborde l’Ukraine, et c’est ce dont il est le plus malaisé de se convaincre. La Russie poutinienne abhorre l’Occident 7, et particulièrement cette Europe qui soutient le combat de l’Ukraine, et ne repousse pas l’idée d’une adhésion éventuelle de ce pays à l’Union européenne. Surtout, la Russie a des appétits expansionnistes, ou plutôt irrédentistes 8, inassouvis. Poutine n’a jamais caché l’amertume que lui a causée la disparition brusque de l’URSS, qu’il a servie comme agent zélé du KGB. Selon Aurélien Duchêne, auteur de La Russie de Poutine contre l’Occident, « La vraie visée expansionniste de Vladimir Poutine, au niveau conquête, c’est l’idée du ‘monde russe’, le ‘Rousski Mir’, (…) Dans cette conception, la Russie aurait un droit de regard sur tous les territoires où il y a encore une forte minorité russophone ou ethnique : en Estonie, en Transnistrie ou en Géorgie. » 9

Le Président Macron a choisi la dramatisation dans son allocution télévisée du 5 mars 2025 : « Qui peut croire (…) que la Russie d’aujourd’hui s’arrêtera à l’Ukraine ? La Russie est devenue, au moment où je vous parle et pour les années à venir, une menace pour la France et pour l’Europe ».

La menace pour la France n’est pas tant de voir arriver des soldats russes sur les Champs-Elysées, comme en 1814. La France a la chance, à la pointe ouest de l’Eurasie, d’être distante des frontières russes de plusieurs milliers de kilomètres. La menace, c’est celle – déjà avérée – de désinformation 10, sabotages, de cyber-attaques, peut-être de missiles, mais surtout, c’est celle qui découlerait de notre solidarité à l’égard de nos partenaires européens par le biais d’un pacte de sécurité collective, comme l’est aujourd’hui l’OTAN, dont l’article 5 stipule que l’agression contre l’un quelconque de ses membres est une agression contre tous les membres.

b) Le parapluie militaire américain, qui s’est déployé avec le Traité de l’Atlantique Nord de 1949 – réaction à l’imposition d’un « rideau de fer » 11 coupant en son milieu l’Europe centrale – a permis aux pays européens de se protéger de l’ennemi soviétique à moindre coût, et de financer un Etat-providence de plus en plus généreux 12. Vers 1960, au plus fort des tensions est-ouest (Mur de Berlin en 1961 ; crise des fusées de Cuba en 1962), ils allouaient environ 4% de leur produit intérieur brut (PIB) à leur défense quand les Etats-Unis y consacraient plus de deux fois plus (environ 9%). Ce pourcentage n’a cessé de baisser pour l’UE jusqu’en 1,3% en 2014. Les Etats-Unis ont suivi la même évolution avec cependant deux inflexions : à partir de 1980 et la « guerre des étoiles » de Reagan (destinée précisément à épuiser économiquement l’URSS), puis à partir de 2001 à la suite de l’attentat contre les tours jumelles du World Trade Center. Aujourd’hui (2023), la dépense militaire américaine représente toujours deux fois plus que l’européenne (3,4% du PIB contre 1,7%). Les pays membres de l’OTAN s’étaient mis d’accord en 2014 sur un objectif de 2% du PIB. Il n’a été atteint que par une minorité de pays. C’est un sujet légitime de récrimination de Trump, qui, plus récemment et non sans paradoxe 13, demandait aux pays européens de porter ce taux à 5% ! 14

c) La menace d’un lâchage américain de l’Ukraine, déjà bien amorcé 15, et, au delà, celle d’un désengagement du théâtre européen, et peut-être d’un retrait de l’OTAN (évoqué pendant la campagne présidentielle de Trump en 2024), a constitué le déclic de la prise de conscience européenne.

Si les Etats-Unis abandonnent l’Ukraine, ou monnayent de façon mercenaire la pérennité de leur soutien (c’est le sens du deal proposé par Trump), l’Ukraine risque de chanceler très vite en dépit de sa résistance héroïque jusqu’à présent. Certains haussent les épaules en arguant que ce conflit lointain n’intéresse pas la France, au sens où il n’affecte pas nos intérêts. D’autres défendent la légitimité des prétentions de Poutine sur les territoires annexés en 2014 ou actuellement occupés par les Russes derrière la ligne de front.

Si à son tour Europe lâche l’Ukraine, et ne comble pas la faille qu’ouvre le retrait américain, elle se retrouvera en première ligne, exposée aux revendications irrédentistes de Poutine ou aux desseins fous que peut lui inspirer sa détestation de l’Occident, qui prend parfois des accents religieux.

Si l’Europe se résout à prendre le relais d’une Amérique défaillante, elle ne peut cependant embrasser sans réserve les buts de guerre ukrainiens, qui seraient de restaurer l’intégrité de l’Ukraine ante-2014. Un compromis paraît inévitable, qui ne saurait cependant consister à récompenser l’agresseur de son forfait en lui abandonnant les territoires occupés ou annexés par les Russes depuis 2014. L’Europe au mieux – et sauf à risquer un enlisement – doit aider l’Ukraine à créer une situation militaire qui lui permette de négocier avec les Russes dans la position la plus favorable possible.

2) A quoi seraient affectées ces dépenses nouvelles ?

Si le premier temps de cet engagement européen sera de soutenir l’Ukraine en comblant le vide créé pas le retrait américain, il reste à voir ce que concrètement l’Europe peut faire sans tomber dans une cobelligérance explicite. Fournir des armes, du renseignement, de l’aide technique et financière, certes. Au delà, les choses sont plus compliquées, et il n’est pas question que les pays européens, la France en tout cas, envoient des combattants.

Beaucoup dépend également de l’issue des discussions entre Trump et le Président Zélinsky.

Au delà de l’Ukraine, la mise en place d’une défense européenne dotée de l’autonomie stratégique requiert que l’Europe comble ses carences actuelles.

Les armées et les corps de marines européens comptent environ 80 brigades de combat terrestre, soit 20 brigades de plus que l’armée et le corps de marines américains. Cela représente moins de brigades et de régiments que ce que déploie la Russie, et même moins que ce que déploie l’Ukraine, mais il s’agit d’une force importante.

L’Europe possède suffisamment d’avions de chasse, d’hélicoptères, de frégates, de navires amphibies, de porte-avions et de sous-marins pour égaler ou dépasser les capacités russes. Ce qui lui manque, c’est ce que les experts militaires appellent des « facilitateurs » 16 : avions espions, ravitailleurs aériens, satellites et brouilleurs de radars, ces capacités militaires essentielles à court terme que les États-Unis possèdent en abondance et dont l’Europe est largement dépourvue 17.

3) Combien va coûter et comment financer cet effort supplémentaire ?

L’hebdomadaire britannique The Economist chiffre à environ 3,5% du PIB le niveau de dépense militaire que devraient atteindre en moyenne les pays européens.

En 2024, les pays de l’UE ont consacré 326 milliards d’euros à leur dépenses militaires, soit environ 1,9% de leur PIB.

L’effort nécessaire consisterait donc à doubler la dépense actuelle.

A noter que la défense n’est pas une compétence de l’UE, qui n’a alloué à ce titre que 16,4 milliards d’euros au titre du cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027 (le budget septennal de l’UE). Ces fonds permettent de soutenir la recherche et le développement, d’améliorer la mobilité militaire, d’augmenter la capacité de production industrielle et de promouvoir les acquisitions conjointes. La moitié de la dépense est absorbé par le Fonds européen de défense.

La Commission européenne a récemment proposé le plan ReArmEurope qui permettrait de mobiliser 800 milliards d’euros 18. Ce plan a été validé par le Conseil européen du 6 mars 2025 19.

Pour la France, passer de 2% à 3,5% du PIB représenterait un surcroît annuel de dépenses publiques de l’ordre de 45 milliards d’euros, soit environ les deux tiers du budget de l’éducation nationale (le plus gros budget de l’Etat) pour 2025 20.

Cet effort sera considérable pour des Etats européens déjà grevés, pour beaucoup d’entre eux dont la France, d’une dette publique considérable, et dont le levier fiscal (la capacité d’augmenter encore les impôts) est épuisé, sauf à transformer le ras-le-bol actuel en révolte fiscale.

L’impératif du réarmement va obliger à se poser des questions qui fâchent. Où porter la hache : retraites (parmi les plus généreuses et avec l’âge de départ parmi les plus bas du monde); indemnisation du chômage ; santé (retour au ticket modérateur ?) ; millefeuille territorial (supprimer les départements ?) ; agences publiques proliférantes ; nombre de fonctionnaires ; crédits d’impôt ?

La technique du rabot – aveugle et brutale, et qui témoigne de paresse intellectuelle – est caduque.

Il faut saisir cette opportunité historique pour repenser le rôle et la voilure de l’Etat, réécrire le logiciel de l’action publique en se demandant ce qu’on attend vraiment de l’Etat.

Nos politiques ne pourront plus esquiver. Car, comme le dit le proverbe, repris d’une tirade de Racine dans sa comédie « Les plaideurs » (à l’époque où les rois de France faisaient encore appel aux mercenaires helvètes, très prisés) : « Point d’argent, point de Suisse ».

4) A quoi pourrait ressembler une défense européenne ?

Un pays ou un ensemble de pays ne peut dépendre d’un tiers pour sa sécurité. Le Général de Gaulle fut le premier en Europe à comprendre ce qui est devenu une évidence aujourd’hui. « Tous gaullistes maintenant », titrait récemment The Economist 21, pour qualifier le ralliement quasi unanime des pays européens à l’idée d’une défense européenne autonome, non dépendante d’un tiers, si bienveillant qu’il ait été et pu paraître. Qu’il ait fallu soixante-dix ans à nos partenaires européens à le comprendre, c’est cela qui est sidérant.

L’idée de défense européenne a pourtant un précédent. En mai 1952, les six pays européens de l’Ouest qui devaient cinq ans plus tard signer le Traité de Rome instituant la Communauté économique européenne, conclurent le Traité de Paris qui établissait entre eux une Communauté européenne de défense (CED), associée à l’OTAN et très fédérale dans son esprit 22.

Une telle construction n’est sans doute plus adaptée ni aux besoins, ni à une opinion publique aujourd’hui très méfiante devant tout ce qui peut ressembler à une nouvelle dérive fédéraliste de l’UE.

Une solution serait d’utiliser les structures de l’OTAN, à condition que les Américains, qui, par hypothèse, retireraient leurs troupes du vieux continent (100 000 hommes environ, dont 35 000 en Allemagne), ne mettent pas de bâtons dans les roues. Les Européens ont appris à travailler et manoeuvrer ensemble au sein de l’OTAN. La France a quitté en 1966 sous De Gaulle son commandement intégré (sous domination américaine), puis l’a rejoint en 2009 sous Sarkozy. Il faudra dans la nouvelle configuration que les Européens soient maîtres des décisions d’engagement de leurs forces.

L’identité européenne de sécurité et de défense (IESD) – accord de partenariat stratégique établi en décembre 2002 entre l’UE et l’OTAN – pourrait faciliter ce processus, d’autant qu’il permet de doter l’UE d’un accès aux instruments de l’OTAN pour la planification et la gestion de la logistique nécessaires à ses opérations de défense.

Quelle que soit la forme institutionnelle de cette défense européenne, il est impératif que les Etats européens privilégient désormais les producteurs européens pour leurs achats d’équipement 23, et de travailler à la consolidation d’une industrie européenne de défense encore trop fragmentée 24.

5) Partager la force de dissuasion nucléaire française ?

Le Président de la République a annoncé, dans son allocution récitée du 5 mars, vouloir ouvrir un « débat stratégique » sur l’élargissement aux pays de l’UE de la protection par la dissuasion nucléaire de la France 25, tout en assurant que la décision d’engager l’arme nucléaire « a toujours été et restera entre les mains du président de la République ».

Rappelons que le France est, grâce au génie visionnaire et à la ténacité du Général de Gaulle, et depuis le début des années 60, le seul pays de l’UE doté de l’arme nucléaire 26, et de surcroît d’une arme totalement française, de sa conception à sa fabrication 27.

Ce point sera au coeur des discussions à venir sur les contours de la défense européenne. Je reste personnellement sceptique quant à la possibilité de partager un instrument conçu pour la défense des « intérêts vitaux » de la France, même si ceux-ci ont toujours été délibérément laissés dans le flou.

6) Faut-il rechercher la paix à tout prix ?

La paix, comme la liberté, est le suprême bien. Nul n’en doute. Nul n’est contre.

La vrai sujet, c’est de savoir de quelle paix on parle, et quels sont les vrais mobiles de ceux qui la réclament.

Il faut faire très attention lorsqu’on parle de paix. Pour certains de ses chantres (dont Trump), il s’agit d’une paix de capitulation, qui permet au voyou de garder son butin, et récompense l’agression. C’est la paix de la conférence de Munich en septembre 1938, qui se conclut par le lâchage de la Tchécoslovaquie par la France (Edouard Daladier) et la Grande-Bretagne (Neville Chamberlain), et ouvrit la porte au dépeçage de ce pays et l’invasion de la Pologne l’année suivante par Hitler. Ils crurent éviter la guerre ; c’est la Seconde Guerre Mondiale dont leur volonté d’apaisement fit le lit. Churchill fut le plus lucide : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre » 28.

D’autres pacifistes tiennent un discours suave et lénifiant pour mieux nous endormir et nous affaiblir. Je me rappelle de ces mouvements (appuyés ou noyautés par les communistes) qui, au début des années 80, à l’Ouest, ne parlaient que de paix lorsque l’URSS installait de nouveaux missiles nucléaires à moyenne portée SS-20, et que l’OTAN voulut contrer cette menace en déployant notamment des missiles Pershing II sur le territoire européen 29. Comme le dit à juste titre (pour une fois) Le président Mitterand : « le pacifisme (…) est à l’Ouest et les euromissiles, ils sont à l’Est » 30.

Poutine a montré que même au XXIe siècle, même sur notre continent, il y a des pays prêts à violer leurs engagements internationaux 31, et à en envahir d’autres, au prix de destructions et d’un carnage inouïs.

Pour avoir la paix, il faut se donner les moyens de résister à un agresseur ; il faut s’armer, montrer à l’agresseur potentiel qu’on ne se laissera pas faire, et que l’on saura répondre s’il le faut. Comme l’a écrit Pascal : « La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants » 32.

C’est en étant fort, avec l’OTAN et la dissuasion française, que l’Occident a pu mettre en échec les velléités d’expansion soviétique sur le continent jusqu’en 1991. C’est en redevenant forte, au besoin sans le bouclier américain, que l’Europe assurera sa sécurité demain.

La paix authentique et durable est fondée sur la force et la lucidité, pas sur l’angélisme et la naïveté.

7) Conclusion

La question pour l’Europe n’est plus de savoir s’il faut se réarmer, mais comment.

Il faut que les pays européens augmentent leurs budgets militaires, en s’attachant à combler leurs carences les plus criantes, et en privilégiant partout où c’est possible les matériels européens, et en renforçant l’industrie européenne de défense.

Il leur faut également s’entendre sur un mode d’organisation, qui permette à des forces disparates, mais néanmoins habituées à se coordonner et manœuvrer ensemble dans le cadre de l’OTAN d’opérer efficacement sous commandement européen. Ceci n’implique pas de passer par l’UE, qui n’a pas la compétence de défense et que peuvent paralyser ses règles de décision.

Il leur faut enfin réfléchir au financement. Entre un Etat-providence ultra généreux et la sauvegarde de nos frontières et de notre liberté, il faudra faire des choix.

Ce sera un chantier de longue haleine, mais l’indépendance et la survie de notre continent sont à ce prix, dans un monde de plus en plus dangereux.

Cet avenir commence aujourd’hui.

Annexe

Quelles sont les forces et faiblesses respectives des pays européens et de la Russie ?

La puissance d’un pays ou d’un bloc de pays repose sur trois piliers : i) la taille de son économie et le degré de souveraineté de celle-ci 33 ; ii) le volume, l’équipement et l’entraînement de ses forces armées, et iii) cette disposition psychologique que l’on pourrait appeler la volonté de se défendre au péril de sa vie (ou le patriotisme). Dans le cas de la Russie, il ne faut pas négliger enfin, iv) l’immensité du territoire russe, qui ne joua pas un rôle mineur dans l’échec des offensives napoléonienne en 1812 et hitlérienne en 1941-43 .

– L’économie de l’UE mesurée par son PIB nominal est 9 fois plus large que celle de la Russie (18 500 milliards de dollars US contre 2 000 milliards en 2023 34). Cette comparaison en dollars courants minimise cependant la taille de l’économie russe. Les prix étant plus bas en Russie, il est plus réaliste de retenir le chiffre en PPA ; elle atteint alors 6 450 milliards de dollars US, soit plus de 3 fois plus, mais seulement un quart environ de l’économie de l’UE, qui atteint elle les 26 430 milliards. Avantage UE, donc. En revanche, l’UE reste dépendante de ressources énergétiques et minérales dont la Russie dispose abondamment sur son territoire (pétrole gaz, charbon, métaux, etc.).

– Sur le plan des forces armées, selon l’International Institute for Strategic Studies (IISS), les dépenses militaires de la Russie en 2024 s’élevaient à 13,1 trillions de roubles (145,9 milliards de dollars), soit 6,7% du PIB russe. Parallèlement, les dépenses de défense combinées de l’Europe (UE et autres pays) s’élevaient la même année à 457 milliards. Mais en appliquant le correctif PPA, l’IISS estime que les dépenses militaires russes s’élèveraient à 462 milliards de dollars, surpassant celles de l’Europe ! Les carences européennes sont mentionnées sont dessus.

– Quant au facteur psychologique, je n’ai pu trouver d’informations probantes et / ou récentes. Je doute personnellement que notre jeunesse européenne ait la même disposition à combattre pour leur patrie que celle de leurs aïeux de 1914.

Notes :

  1. The Economist, édition du 8 mars 2025 ↩︎
  2. Opération Barbarossa. ↩︎
  3. L’URSS était liée à l’Allemagne nazie par le pacte germano-soviétique signé en août 1939 (à la consternation des occidentaux) à Berlin par les Ministres des affaires étrangères respectifs des deux pays, Ribbentrop et Molotov ↩︎
  4. Il faut voir le documentaire réalisé par Antoine Vitkine et diffusé sur France TV, Opération Trump, qui suggère que Trump est peut-être sous emprise des Russe. ↩︎
  5. Dans La défaite de l’occident. ↩︎
  6. En France, Hongrie, Slovaquie, mais aussi l’AFD allemande qui a récolté 20% des suffrages aux élections législatives de fin février 2025. ↩︎
  7. Il n’en a pas toujours été ainsi. L’économiste souverainiste Jacques Sapir fait remonter le virage anti-occidental aux années 2007-2008. Cf. Son article dans le numéro spécial (n°19) de la revue Front Populaire sur Le choc des civilisations. Décembre 2024. ↩︎
  8. Un Etat irrédentiste est celui qui a des revendications sur des territoires intégrés à un autre Etat, par exemple, parce qu’ils en ont autrefois fait partie ou pour des raisons historiques, ethniques ou linguistiques. La crise de 1938 qui se solda par l’accord (honteux) de Munich eut pour origine la revendication de Hitler sur le territoire dit des Sudetendeutsche, inclus dans ce nouveau pays issu du traité de Versailles de 1919. ↩︎
  9. Source : France Info. ↩︎
  10. Pour contrer les campagnes de désinformation menées par la Russie et pour promouvoir les politiques et valeurs de l’UE dans les pays du voisinage est (Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Géorgie, Moldova et Ukraine) et au-delà (y compris la Russie), l’UE a créé en 2015 la East StratCom Task Force (ESTF), au sein du Service européen pour l’action extérieure (EEAS). ESTF publie une excellente lettre hebdomadaire d’information, EUvsDisinfo. ↩︎
  11. L’expression est de Churchill dans son célèbre discours de Fulton (Missouri) en mars 1946. ↩︎
  12. Cf. l’article d’Anne de Guigné : Comment les Américains ont financé notre Sécurité sociale, dans Le Figaro du 9 mars 2025. ↩︎
  13. On ne peut en effet à la fois dire que la Russie ne constitue par une menace et exiger des pays européens qu’ils fassent plus que doubler leurs budgets militaires pour y parer. ↩︎
  14. Il a été exaucé puisqu’au sommet de l’OTAN de juin 2025, ses membres ont décidé de porter d’ici 2035 la part des dépenses de défense dans le PIB à 5%, dont 3,5% pour les dépenses militaires stricto sensu, et 1,5% pour des dépenses annexes. ↩︎
  15. Trump a annoncé début mars 2025 la cessation des fournitures militaires, et du partage de renseignements avec l’Ukraine ↩︎
  16. Source : CSIS. ↩︎
  17. Les États-Unis possèdent 5 200 des 7 500 grands satellites mondiaux, dont des modèles de surveillance et de communication et l’irremplaçable constellation de navigation GPS. La Chine possède environ 600 satellites et la Russie environ 200. Le reste du monde, y compris tous les pays européens dotés d’une capacité spatiale, ne compte que 1 600 satellites. ↩︎
  18. La Commission a proposé :
    – une dérogation au Pacte de stabilité et de croissance pour permettre aux États membres de dépenser davantage pour la défense sans être visés par une procédure de déficit excessif. Selon la présidente de la Commission, ce dispositif permettra de dégager une marge de manœuvre budgétaire supplémentaire de 650 milliards d’euros sur une période de quatre ans. Ce chiffre correspond à une augmentation des dépenses de défense de 1,5% du PIB en moyenne par État membre ;
    – un nouvel instrument qui permettra aux États membres d’avoir accès à une facilité de prêt, garanti par le budget européen pouvant aller jusqu’à 150 milliards d’euros pour les dépenses militaires ;
    – l’utilisation du budget européen, par exemple les fonds de cohésion européens, pour des investissements liés à la défense ;
    – l’élargissement du mandat de la Banque européenne d’investissement afin de permettre le financement public et privé des entreprises de la défense. ↩︎
  19. Source. ↩︎
  20. 63 milliards d’euros, hors compte d’affectation spéciale (CAS) Pensions. ↩︎
  21. All Gaullists now, The Economist, op.cit. ↩︎
  22. Cf. mon article sur ce blog : Repenser La Défense européenne. ↩︎
  23. Ne serait-ce aussi que parce que les Américains conservent un certain contrôle sur l’emploi de leur matériel vendu aux Européens ; ainsi des avions F35. ↩︎
  24. Utile mise au point ici. ↩︎
  25. Utile mise au point récente ici. ↩︎
  26. Cinq autres États membres de l’OTAN hébergent par ailleurs des armes nucléaires tactiques américaines : l’Italie, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Belgique et la Turquie, dans le cadre de la politique de partage nucléaire de l’Alliance. ↩︎
  27. L’arsenal nucléaire français repose sur deux piliers : les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), équipés de missiles M51, et les forces aéroportées, et des avions Rafale équipés de missiles ASMP-A (Air-Sol Moyenne Portée Amélioré). Au total, la France dispose d’environ 290 têtes nucléaires, devant son allié britannique (225), mais très loin derrière la Russie, première puissance nucléaire mondiale, avec quelque 1 700 têtes nucléaires déployées. ↩︎
  28. « You were given the choice between war and dishonour. You chose dishonour, and you will have war ». Propos adressé au Premier ministre Neville Chamberlain. ↩︎
  29. Sur cette crise des « euromissiles », rappel ici. ↩︎
  30. Le 13 octobre 1983 à Bruxelles. ↩︎
  31. Notamment, outre la Charte des Nations Unies, le Mémorandum de Budapest de décembre 1994, en vertu duquel l’Ukraine, devenue indépendante après l’éclatement de l’Union soviétique en 1991, renonça aux armes nucléaires soviétiques qui étaient stationnées sur son sol et obtint en contrepartie des garanties de sécurité de la part de la Russie, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Dans ce document, signé par Boris Yeltsine pour la Russie, Bill Clinton pour les Etats-Unis, John Major pour la Grande-Bretagne et Léonid Kravchuk pour l’Ukraine, la Russie s’engageait, entre autres, envers l’Ukraine, à « respecter son indépendance et sa souveraineté ainsi que ses frontières existantes » ; et à « s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de l’Ukraine, et qu’aucune de (ses) armes ne soit utilisée contre l’Ukraine »… ↩︎
  32. Les pensées, fragment 139. ↩︎
  33. Le grand historien britannique Paul Kennedy est la premier à avoir théorisé dans son maître-livre, Naissance et déclin des grandes puissances (1987), l’importance du substrat économique de la puissance militaire. ↩︎
  34. Source: Banque mondiale. ↩︎

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