Trump : où quand la réalité rattrape la fiction

26 janvier 2026

Il y a quelques années, lors d’un voyage à Londres, j’achetai un roman de Sinclair Lewis (premier écrivain américain lauréat du Prix Nobel de littérature, en 1930), que je ne connaissais pas, et dont le titre m’intrigua :

« IT CANT’ HAPPEN HERE », traduit en français par Raymond Queneau (l’auteur de « Zazie dans le métro ») sous le titre : « IMPOSSIBLE ICI ».

Sinclair Lewis (1885-1951)

Publié en 1935, il décrit l’émergence sur le sol américain d’une sorte de dictature fasciste.

Buzz Windrip est élu président des États-Unis, grâce à un programme populiste. Il établit en quelques mois une dictature personnelle qui débouche finalement sur l’effondrement du pays et la guerre civile.

Avec le recul de ces quelques années, ce roman me frappe par sa prescience.

Trump, c’est Windrip ou presque.

Ce qui m’inquiète, ce n’est pas tant sa vulgarité, ce côté brute de cour d’école, sa vantardise bouffonne, les insultes ou moqueries dont il arrose profusément quiconque se met en travers de sa route, ou encore son absence totale de scrupules et de remords.

Ce qui m’inquiète, c’est

1- la destruction méthodique des règles et institutions du multilatéralisme, avec le retrait des Etats-Unis de plus 60 institutions et conventions internationales (celles de la santé – OMS – et du climat – CCNUCC et GIEC – n’étant pas les moindres) et l’utilisation discrétionnaire des droits de douane comme arme de pression ;

2- le retour à l’utilisation de la force et de méthodes de brute pour éliminer, enlever, ou intimider ceux qu’il considère des ennemis, en dehors de toute autorisation par le congrès des Etats-Unis (bien passif ces jours derniers) ; évidemment rien de tel contre Netanyahu, malgré ses exactions à Gaza et en Cisjordanie ;

3- ses prétentions territoriales ahurissantes à l’égard du Danemark à propos du Groenland, qui creusent un fossé inédit et infiniment dommageable entre Etats-Unis et Europe ; et

4- la montée d’un autoritarisme sans frein ni borne, dont le signe le plus sinistre est sans doute la création avec l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et Border Patrol d’une sorte de police fédérale à sa main, un peu comme les Sections d’assaut (SA) de l’époque hitlérienne, s’arrogeant le droit de violenter, et même de tuer femmes et hommes innocents, au mépris du droit.

Le titre du roman de Sinclair Lewis est évidemment une antiphrase.

Ce qu’il décrit est parfaitement possible, puisqu’il se produit sous nos yeux dans un pays que nous avions longtemps cru être le leader de la démocratie et du monde libre, et le meilleur et plus solide allié de l’Europe.

A nous, Européens, de nous montrer à la hauteur du défi, ou de disparaître dans l’insignifiance.









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