
20 mai 2026
Le président qu’il faudra à la France en 2027 devra être un président de rupture.
Mais la rupture suppose du courage, car elle effarouche l’électeur.
Explicitons ces points.
– il faudra un président de rupture
Parce que la France va mal. Parce que la France s’enfonce. Mais aussi parce qu’un sursaut est possible si l’on saisit les enjeux et les problèmes sans déni et à bras-le-corps.
Il y a au moins huit sujets, sans hiérarchisation 1, que devra prioriser à cet effet l’action d’un nouveau président (ou présidente) :
Première priorité et urgence absolue : retrouver la maîtrise de nos comptes publics. C’est la condition de tout le reste, car on ne fait rien sans moyens. La France ne peut plus continuer à dépenser de l’argent qu’elle n’a pas, et à tirer des traites sur le dos de nos enfants et petits-enfants, sous forme d’une dette publique qui ne cesse d’enfler. Il faudra donc se fixer un objectif de réduction du déficit public sur cinq ans, pour stabiliser puis réduire la dette publique. Le seul endettement autorisé le sera pour de l’investissement.
Cette réduction du déficit devra se faire par une réduction des dépenses publiques. Un plan devra être arrêté dans les trois mois de la prochaine mandature et peut-être soumis à référendum, car tout le monde devra prendre à un titre ou un autre sa part de l’effort, et cela inclut les retraités. Cela supposera un réexamen du rôle et de la volumétrie de l’Etat, de l’organisation administrative (« millefeuille territorial », agences) et du financement de la protection sociale.
Deuxième priorité : stopper la submersion migratoire, et renforcer la lutte contre l’entrisme islamiste et la politique d’intégration. L’enjeu c’est de préserver notre culture, nos valeurs, notre identité française, que menacent le séparatisme, le communautarisme, l’Islam politique ou radical, mais aussi la repentance chronique érigée sous Macron en mantra 2.
Troisième priorité : rétablir la sécurité et le règne de la loi dans notre pays. Cela implique de durcir la loi pénale, veiller à l’application stricte des peines, et renforcer la lutte contre le narco-trafic et les pègres qui s’en nourrissent et développent leurs tentacules mortifères, notamment dans les cités.
Quatrième priorité : refaire de notre école un lieu de transmission du savoir. Sans être un expert des questions d’éducation, il me semble qu’il y ait consensus sur ces mesures : concentration sur les savoirs fondamentaux surtout dans le primaire, renforcement de la discipline, amélioration du recrutement, de la formation et de la rémunération des maîtres, autonomie accrue des établissements, et peut-être régionalisation de l’Education nationale, qui est une énorme machine que trop de centralisme et d’uniformité paralyse et débilite. Il faudra aussi refaire de l’école un sanctuaire, protégé de la violence comme des atteintes à la laïcité.
Cinquième priorité : restaurer la compétitivité de nos entreprises, notamment par le relèvement du niveau éducatif (cf. plus haut), la revalorisation des formations manuelles et techniques, le soutien aux formations en alternance, un appui accru à la recherche, et l’allégement des normes et des charges sociales et fiscales (permis par la réduction des dépenses publiques et la refonte du mode de financement de la protection sociale). Il faut que travailler paie, que l’entrepreneuriat et l’innovation paient, que la création de richesse ne soit pas incessamment captée et pillée par une bureaucratie et une machine sociale insatiables. C’est par la création de richesse et l’acquisition des savoirs plus que par les « allocs » et l’assistanat que l’on réduira les inégalités et la pauvreté.
Sixième priorité : adapter notre stratégie de défense et nos capacités militaires aux nouvelles menaces. Sans se faire peur non plus (les chars russes ne sont pas aux portes de Paris). Il est essentiel de bâtir une défense européenne intégrée, liée à – mais autonome de – l’OTAN, a fortiori si les Etats-Unis devaient se désengager davantage. Et de s’assurer que les Européens achètent de préférence, à qualité égale, des équipements européens 3. L’autonomie stratégique suppose aussi de réduire nos « dépendances critiques », qu’il s’agisse d’énergie, de minerais, d’intrants agricoles, de numérique, etc.
Septième priorité : permettre aux couples qui ont un désir d’enfants de le concrétiser. Une natalité qui assure au moins le remplacement des générations 4 conditionne la pérennité de notre modèle social ; mais aussi le dynamisme de la nation. Cela requiert une politique globale et innovante.
Huitième priorité : poursuivre la décarbonation de notre pays. C’est à la fois une exigence de souveraineté (la crise au Moyen-Orient rappelle notre dépendance à l’égard des hydrocarbures mais aussi des engrais azotés), mais aussi un impératif pour respecter nos engagements internationaux (l’Accord de Paris de 2015, qui fixe un objectif de neutralité carbone – soit zéro émissions nettes – d’ici 2050 pour un pays comme la France 5) et léguer à notre descendance une planète qui soit encore habitable.
Tout ceci (et d’autres chantiers que j’omets faute de place) devra être mené de front, avec le redressement des finances publiques comme urgence et condition préalable.
– La rupture exige du courage car elle génère l’impopularité
La mise en oeuvre de ces politiques demandera des efforts. Certaines catégories y gagneront, d’autres y perdront. Mais on reconnaît à l’intérêt général qu’au final il y a beaucoup plus de gagnants que de perdants et que les pertes sont justifiées par l’amélioration générale de la situation pour le plus grand nombre. Concertation, transparence et équité, autant que faire se peut, devront ainsi servir de fils conducteurs. Il faudra concilier rapidité de décision – car le temps presse, surtout pour nos finances publiques – et large écoute des parties prenantes. Il faudra expliquer, expliquer, expliquer. Cela plaide aussi pour que les grands projets de loi soient préparés au moins dans leurs grandes lignes avant l’élection présidentielle pour réduire l’incidence de la précipitation, qui accompagne souvent les grandes alternances politiques.
La mise en oeuvre de ces politiques demandera à son tour un courage immense de la part du nouveau président (ou de la nouvelle présidente), de son gouvernement et de sa majorité parlementaire. Car efforts, et réduction des avantages (supposés) acquis et des rentes sont impopulaires, et la France a le don de la protestation bruyante, qui peut dégénérer en blocages, grèves générales, voire insurrections. Faisons confiance aussi à nos apprentis sorciers populistes pour exciter la foule contre telle ou telle mesure. Combien de fois a t-on vu un gouvernement reculer devant la rue ?
L’enjeu de 2027 : dire la vérité au risque de l’impopularité. Rien de nouveau sous le soleil, certes. Mais cela n’a jamais été aussi vrai à l’ère des fake news, des bonimenteurs populistes, et face à une telle montagne de défis mortels.
L’enjeu de 2027 : accomplir le sursaut ou sombrer dans un déclin peut-être terminal.
Qui pour porter cette ambition, pour incarner cette exigence en 2027, faire en sorte qu’elles soient couronnées de succès ? Qui pour susciter la confiance des Français et surmonter leur peur des changements ? Qui ?
Faites vos jeux. Les miens sont faits.
Notes :
- Un commentateur m’a fait le reproche de ne placer la décarbonation qu’au 8è rang. J’ai donc ajouté les mots « sans hiérarchisation », car un classement serait arbitraire. La résorption du déficit public est l’urgence absolue, car la France risque sinon de voir se dérouler un scénario à la grecque, c’est à dire de voir débarquer une mission du FMI (ou d’une « troïka » FMI-BCE-Commission européenne) sur les bords de la Seine, qui nous imposerait une cure d’austérité sans doute bien moins concertée et beaucoup plus amère que celle qu’un gouvernement français éclairé et courageux pourrait administrer. Mais la résorption du déficit serait facilitée par une économie plus vigoureuse (priorité n°5), le redressement de l’école (priorité n°4) et un rebond démographique (priorité n°7), lequel fournirait une justification supplémentaire à la restriction de l’immigration (priorité n°2). Tout se tient. ↩︎
- « La France est tombée dans l’autodénigrement permanent, bien souvent de façade, dans le cynisme des rédactions ou des salons intellectuels parisiens. Nos présidents, nos diplomates passent leur temps à s’excuser de tout en Afrique. C’est le discours de la déconstruction. On refait l’histoire, au passage en nous faisant passer pour des « salauds ». Et en face, certains régimes comme celui d’Alger restent dans la position victimaire et en profitent pour nous humilier régulièrement et nous demander toujours plus de réparations, surtout économiques… C’est la grande repentance permanente ! (…) à force d’auto-culpabilité, on a accepté d’être fouetté en permanence, et on en redemande. C’est aussi cela la Grande repentance ! », déclare le journaliste François-Xavier Freland, auteur du livre La Grande Repentance (2026), dans une interview donnée au magazine en ligne Contrepoints. En Afrique, cette repentance, institutionnalisée par nos médias, notamment publics, a fait de grands dégâts : « ce mea culpa permanent et contre-productif face à notre histoire en commun, notamment face au passé colonial, (…) a fini par créer de toutes pièces ce ressentiment à notre égard. Pour résumer, la France s’est auto-sabordée en Afrique. (…) [La France] est le seul ex-empire colonial à devoir rendre autant de comptes, avec le résultat qu’on connait : le retrait de nos militaires, la fuite de nos investisseurs, le grand vide, la fin d’une influence. A force de faire notre auto-critique, les africains nous ont répondu : Bah puisque vous êtes si mauvais, bien partez alors! », ajoute t-il. ↩︎
- Et surtout pas les calamiteux F35, que trop de pays européens ont acheté au détriment du Rafale, par naïveté, sous l’effet de pressions américaines, et parce que c’est le seul avion qui puisse emporter la bombe nucléaire de l’OTAN (la B61 Mod 12, une bombe gravitationnelle, c’est à dire qu’elle n’est équipée d’aucun dispositif sustentateur ou propulsif permettant à la munition de parcourir une certaine distance après son lancement) dans le cas des 5 pays (dont 4 européens) qui l’hébergent : Italie, Pays-Bas, Allemagne, Belgique et Turquie. ↩︎
- En 2025, le taux de fécondité en France métropolitaine est de 1,53 enfant par femme, en baisse par rapport aux années précédentes et au niveau le plus bas depuis la Première Guerre mondiale. 2025 a aussi vu u excédent des décès sur les naissances ! ↩︎
- Les émissions territoriales se sont élevées à 363 millions de tonnes de gaz à effet de serre (en équivalent CO₂, noté tCO₂-eq) en 2025, soit un peu plus de 5 tCO₂-eq par habitant. L’empreinte carbone, qui intègre les émissions de produits importés moins celles des produits exportés, est cependant nettement plus élevée. L’empreinte carbone annuelle moyenne d’un adulte en France est ainsi de 8,5 tCO₂-eq₂. Le projet de SNBC 3 publié en décembre 2025 (troisième version de la Stratégie Nationale Bas Carbone) fixe des objectifs de réduction impliquant un rythme moyen de diminution des émissions de GES de -4,6% par an, nécessaire à l’atteinte des objectifs de la France à l’horizon 2030. La baisse estimée par le baromètre prévisionnel n’est que de -1,6% pour 2025, soit nettement inférieure à l’effort demandé par le projet de SNBC 3. La neutralité carbone « net zéro » en 2050 signifie plafonner à cette échéance les émissions brutes à environ 50 millions de tCO₂-eq, compte tenu des puis de carbone (forêts, etc.) ↩︎
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