
10 août 2026
Cet article dresse un tableau succinct et sans doute trop sommaire de la situation politique en France, à 8 mois d’une élection présidentielle capitale. Il simplifie délibérément une réalité beaucoup plus touffue et complexe. Il présente d’abord les grandes caractéristiques du régime politique de la France (1) ; décrit ensuite les principales forces politiques, leur positionnement et leurs idées-force (2) ; puis, balaie (effleure plutôt) les grands sujets qui dominent le débat politique (3). Et dresse, enfin, un rapide état des lieux des forces avant la présidentielle de 2027 (4).
1) Le régime politique
Depuis 1958 et le retour au pouvoir du général de Gaulle, le régime politique de la France est celui de la Vè République.
Elle se caractérise par un régime semi-présidentiel, c’est à dire que le Président de la république en est la clef de voûte. Il dispose de larges pouvoirs : il est notamment le chef des armées, il nomme le premier ministre et à de nombreux emplois publics de l’Etat (préfets, ambassadeurs, etc.), peut dissoudre l’Assemblée nationale, et peut exercer en cas de crise grave des pouvoirs exceptionnels (le très décrié article 16, utilisé une fois, en 1961, après le putsch des généraux pro-Algérie française). Mais le gouvernement, que dirige le Premier ministre, est responsable devant l’Assemblée nationale, qui peut le censurer – une caractéristique de tout régime parlementaire qui confère sa nature hybride au régime. La durée du mandat présidentiel a été raccourcie de 7 à 5 ans en 2000 (sous la présidence de Jacques Chirac), pour coïncider avec celle des députés.
Le parlement est bicaméral : l’Assemblée nationale (577 députés) est élue par les citoyens dans le cadre de circonscriptions territoriales au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Le mandat est de 5 ans. Le Sénat (348 sénateurs) est élu au second degré par les élus locaux (scrutin de liste proportionnel au niveau du département). Le mandat est de 6 ans et le Sénat se renouvelle par moitié tous les 3 ans.
Le président français est très puissant, peut-être l’exécutif le plus puissant du monde occidental, non pas tant du fait de ses pouvoirs étendus, mais surtout en raison de son mode d’élection – au suffrage universel depuis 1962 -, qui lui confère une légitimité bien supérieure à celle des députés. En pratique, le président est devenu de facto le chef de la majorité parlementaire, car le résultat des élections législatives (celle des députés) a souvent eu tendance à reproduire celui des présidentielles. En pareil cas, le président domine le système puisqu’il peut faire voter les lois qu’il croit nécessaire à la réalisation de son programme.
Mais il arrive que cette mécanique se grippe. Il y a eu des épisodes où la majorité parlementaire différait de la majorité présidentielle, voire lui était antagonique. On appelle ce cas de figure « cohabitation » 1, car le président et le premier ministre sont de bords opposés, et il y a du tangage au sommet de l’Etat. Depuis 2024, et une dissolution qui a mal tourné, le président ne dispose même plus d’une majorité relative à l’Assemblée ; mais aucun autre parti ou groupe de partis ne peut former une majorité cohérente. Le gouvernement (dirigé aujourd’hui par Sébastien Lecornu) peut survivre, grâce à certains dispositifs de la Constitution, aussi longtemps que les oppositions trouvent intérêt à le maintenir ou sont incapables de s’unir pour le renverser 2.
2) Les partis politiques
A. Anatomie du système des partis
En balayant le champ politique de droite à gauche, on peut distinguer 6 grands camps :
1. La droite radicale (que je n’appelle pas extrême droite car elle accepte les règles de la démocratie), qui englobe plusieurs mouvements, au premier rang desquels le Rassemblement national (RN, héritier du Front national, créé en 1972 par Jean-Marie Le Pen et quelques compagnons pour le coup d’extrême droite ou pire 3), présidé aujourd’hui par l’euro député Jordan Bardella, mais dirigé de fait par la fille de Jean-Marie, Marine Le Pen. C’est aujourd’hui la première force politique de France, ayant recueilli 30% des voix au premier tour des élections législatives de 2024. Au RN, il faut ajouter dans cet espace le parti Reconquête, fondé en 2021 par l’ex-journaliste et essayiste Eric Zemmour, Debout la France, créé en 2008 par l’ex-haut fonctionnaire, aujourd’hui député, Nicolas Dupont-Aignan, et l’Union des droites pour la République (UDR), fondée (originellement en 2014, rebaptisée de ce nom en 2024) par le député (aujourd’hui maire de Nice), Eric Ciotti, et dissident de LR (cf. ci-après).
2. La droite conservatrice ou libérale (qui est parfois plutôt l’une que l’autre ou seulement l’une ou l’autre). Elle se confond pratiquement aujourd’hui avec le parti Les Républicains (LR), dirigé par le sénateur Bruno Retailleau. Ce parti, successeur en 2015 de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), elle-même issue d’une fusion en 2002 des partis gaulliste et de droite libérale, qui avec le PS dominait le système politique français jusqu’en 2017, s’est effondré à cette époque. LR a obtenu 6,5% des voix au premier tour des élections législatives de 2024.
3. Le centre (ou extrême centre, selon certains polémistes), représenté surtout par le parti – très récent – du président Macron (élu en 2017, réélu en 2022), Renaissance (ex-La République en marche), dont le chef actuel est l’ex-premier ministre de Macron, Gabriel Attal. Au centre, mais à la droite de Renaissance, on peut rattacher Horizons, le parti fondé en 2021 par l’ex-premier premier ministre de Macron, Édouard Philippe ; et à la gauche de Renaissance, le MoDem (Mouvement démocrate), fondé en 2007 et présidé par un autre ex-premier ministre de Macron, François Bayrou. Ces partis ont recueilli ensemble environ 20% des voix au premier tour des élections législatives de 2024.
4. La gauche socialiste. Le Parti socialiste – créé sous sa forme actuelle en 1971 – n’est plus qu’une pâle image de la force qui domina le paysage politique français jusqu’en 2017. Il est présidé actuellement par le député Olivier Faure.
5. Les écologistes. Les écologistes français – représentés à l’Assemblée par le parti Europe-Ecologie les Verts (EELV), dirigée par Marine Tondelier – ont cette particularité de se situer à la gauche du PS, voire plus à gauche encore. Le capitalisme est, en effet, le premier incriminé pour les dégradations environnementales de notre époque.
6. La gauche radicale, qui inclut La France Insoumise (LFI), parti créé par le socialiste dissident Jean-Luc Mélenchon en 2016, et le Parti communiste (PC) présidé par Fabien Roussel, mais qui n’est plus que l’ombre de la grande force politique qu’il fut jusqu’à l’élection de François Mitterand à la présidence en 1981.
A noter qu’aux élections législatives de 2024, PS, EELV, LFI et PC étaient alliés au sein du Nouveau Front Populaire (NFP) 4, qui a recueilli environ 28% des voix au premier tour. Il est ainsi difficile de mesurer le poids de chacune de ses composantes, mais LFI est clairement sorti vainqueur de cette consultation avec 71 sièges sur un total gauche de 195 (figure 1).
Ces partis ont des positions différentes, parfois radicalement différentes, sur nombre de sujets. Les cartouches ci-après résument leurs positions sur 10 thèmes.




B. Dynamique
La présentation qui précède est une photographie. Elle est inintelligible cependant si l’on ne précise pas qu’elle est le résultat du bouleversement de l’échiquier politique survenu à partir de 2017 et l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République. Au premier tour, ce dernier arrive devant les candidats du PS et de la droite (UMP), les deux partis qui dominaient jusque-là le jeu politique en France et monopolisaient le second tour de cette élection (sauf en 2002). En 2017, pour la première fois depuis les débuts de la Vè République, les deux sont éliminés au premier tour, et ne s’en sont pas à ce jour relevés. Le score combiné du PS et de LR (ex-UMP) ne dépasse pas 10-15%, contre plus de 70% il y a à peine 20 ans (2007). Le PC aussi s’est lui aussi effondré depuis son pic de 1967 (22%), mais ce déclin s’est amorcé dès 1981.
Outre l’émergence d’une nouvelle force du centre autour de Macron – dénommée En Marche (EM), puis La république en marche (LREM), devenue Renaissance en 2022 -, la période récente a vu la percée de La France Insoumise (LFI) de Mélenchon, qui a quadruplé son nombre de députés entre 2017 et 2024 (de 17 à 71).
Enfin et surtout, cette dernière décennie voit l’affirmation du RN comme première force politique, dont le score aux législatives (1er tour) fait plus que doubler entre 2017 et 2024.
Le RN est aux portes du pouvoir. Seule une stratégie de « cordon sanitaire » alias « barrage républicain » – le danger « fasciste » supposé étant jugé pire que des alliances contre-nature entre forces que tout oppose par ailleurs – a pu jusqu’ici lui en interdire l’accès. Jusqu’à quand, alors que les Français – les sondages le martèlent les uns après les autres – sont de plus en plus mécontents et désabusés par les dirigeants actuels ?
Ce paysage profondément redessiné reste néanmoins très fluide. Il est vraisemblable que la prochaine élection présidentielle induira de nouveaux réalignements.
Les grands sujets du débat politique
Sans entrer dans le détail – qui exigerait de longs développements -, les thèmes qui dominent le débat politique sont les suivants :
La croissance et le pouvoir d’achat
La désindustralisation
L’immigration
La réduction de la dépense du déficit et de la dette publique – La réforme des retraites (dont les régimes – majoritairement en répartition – sont archi déficitaires)
L’environnement : décarbonation, dégradation de la biodiversité, politique énergétique (nucléaire vs renouvelables), utilisation des pesticides en agriculture
La fracture territoriale
L’aide à mourir 5
La baisse du niveau éducatif et comment y remédier
L’Europe : comment la réformer pour plus d’efficacité et de démocratie ? Vers une intégration renforcée ou Europe des nations ?
Les élections présidentielles de 2027
Cette élection – qui aura lieu les 18 avril et 2 mai 2027 – sera cruciale, non seulement parce que le président sortant ne pourra pas se représenter 6, mais aussi parce que la France fait face à d’immenses défis, et que le candidat du RN pour la première fois est donné dans les sondages comme favori.
D’autres éléments ajoutent au suspense : on ne sait pas encore qui sera le candidat du RN, entre Marine le Pen et Jordan Bardella, son actuel président. En effet, la première a annoncé le 7 juillet sa candidature, en dépit d’une condamnation en appel à une peine d’inéligibilité dans l’affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du RN 7. Selon certains juristes, son pourvoi en cassation ne suspendrait pas la peine 8.
Par ailleurs, il y a profusion de candidats, ou plutôt d’intentions de candidature (l’exigence d’obtenir 500 signatures de maires agira comme un filtre puissant).
Or, et de façon regrettable, la Constitution de 1958 n’admet qu’un duel au second tour, réservé aux deux candidats arrivés en tête au premier.
Selon les derniers sondages, ce choc opposerait la candidate du RN (ou candidat si la justice bloque Madame Le Pen) soit à Jean-Luc Mélenchon, qu’elle écraserait très certainement, soit à Edouard Philippe, qu’elle battrait de justesse, car ce dernier est moins clivant et paraît mieux armé que Mélenchon pour faire jouer à son profit un « barrage républicain » (comme Chirac en 2002, et Macron en 2017 et 2022), qui n’a jamais paru plus fragile qu’aujourd’hui, et alors que le RN semble largement « dédiabolisé » dans l’esprit de nombreux Français.
Du fait de la multiplication des candidatures à droite, beaucoup redoutent que le « choix » soit entre extrême droite (en dépit des réserves que peut inspirer cette classification) et néo-macronisme (incarné par E. Philippe, qui a eu largement sa part dans la faillite du macronisme), ou entre extrême droite et extrême gauche, si Mélenchon battait sur le fil son rival du centre.
Mais on sait ce que valent les sondages si loin de l’élection et l’histoire enseigne que de nombreux rebondissements sont possibles. Des candidats peuvent se désintégrer (comme François Fillon en 2017, qu’on donnait vainqueur quelques semaines avant l’élection) ; d’autres s’affirmer – ou de nouveaux émerger – et supplanter le favori d’un jour.
Le suspense reste entier.
Notes :
- Il y a eu cohabitation entre 1986 et 1988, et entre 1995 et 1997. ↩︎
- Il y faut en effet une motion de censure votée à la majorité absolue des députés. ↩︎
- Parmi les fondateurs on compte deux ex-Waffen SS. ↩︎
- Référence au Front populaire, prototype de l’union de la gauche élargie aux communistes, vainqueur aux élections de 1936. ↩︎
- Une loi sur l’aide à mourir, définitivement adoptée le 15 juillet 2026, autorise sous conditions strictes le suicide assisté (auto-administration) ou, exceptionnellement, l’euthanasie par un professionnel de santé si le patient ne peut agir seul, pour les majeurs de nationalité française ou résidant durablement en France. Le Conseil constitutionnel a été saisi mais n’a pas encore rendu sa décision (au 10/8/2026). ↩︎
- La Constitution de 1958 fixe une limite de deux mandats consécutifs. ↩︎
- Le RN, son ancienne présidente, Marine Le Pen, et onze personnes ont été jugées pour avoir payé entre 2004 et 2016 des salariés du parti avec l’argent du Parlement européen. Les fonds détournés s’élèvent à plus de 4,4 millions d’euros entre le 1er juillet 2004 et le 15 février 2016. Marine Le Pen a été condamnée en juillet 2026 par la cour d’appel de Paris à un an de prison ferme sous bracelet électronique et à 45 mois d’inéligibilité, dont 30 mois avec sursis. ↩︎
- https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/condamnation-de-marine-le-pen-malgre-son-pourvoi-en-cassation-est-elle-toujours-ineligible-comme-laffirment-plusieurs-juristes ↩︎
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