Tableau sommaire d’une France en crise(s)

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12 août 2026

Août 2026. Comme chaque année, la France se jette sur les routes, remplit les campings, se déverse sur les plages, arpente les montagnes. Autoroutes embouteillées et points noirs. Parties de boules, siestas, et apéros interminables. Pastis et rosé à flot. Si vous cherchez quelqu’un qui travaille – parce que la vie ne s’arrête pas -, il faut prendre votre mal en patience. La France est à l’arrêt ; la France est en vacances, et en été c’est toujours au mois d’août qu’on les prend, de préférence le mois entier, par une sorte de mimétisme collectif, et qu’il ne sert à rien, ou qu’il est incongru, de travailler si tous les autres sont partis.

Ce rituel d’août, où la France met le travail, mais aussi plus largement ses soucis, petits ou grands, entre parenthèses, y compris la vie politique, est un emblème de la France, un invariant dans un pays où tout par ailleurs semble changer, rarement pour le meilleur.

A la rentrée, en effet, – ce mot a un sens, une portée qui dépasse de loin la seule « rentrée des classes » ; c’est tout le pays, qui rentre et il y a même une rentrée politique -, le pays va reprendre le travail et retrouver ses problèmes. La rentrée est le moment favori des « mobilisations » sociales, et les syndicats promettent régulièrement aux gouvernements, d’un air menaçant, une « rentrée sociale » chaude, comme si après l’assoupissement estival il fallait retremper son énergie militante dans un bain d’activisme.

Cette rentrée-ci ne sera pas banale, car elle ouvrira une période de six mois débouchant sur une élection présidentielle, celle des 18 avril et 2 mai 2027, qui ne sera pas capitale seulement parce qu’elle verra M. Macron quitter le pouvoir qu’il occupe depuis 2017. Elle sera, en effet, cruciale à tant d’égards.

A quoi ressemble cette France, s’il fallait en brosser le tableau à grands coups de pinceau ?

La France est un pays gâté par la géographie, riche d’une histoire illustre, d’une gastronomie incomparable, d’une langue magnifique 2, qui fut un jour celle des élites d’Europe et même au delà, et de la diplomatie jusqu’au lendemain de la Première Guerre Mondiale 3. Un pays que l’on regardait avec admiration, avec envie, parfois avec agacement, notamment lorsque le général de Gaulle faisait la nique aux Américains dans les années 60 4. La France est encore la 9è puissance économique du monde (en termes de PIB en parité de pouvoir d’achat), la 4è puissance nucléaire mondiale (en termes d’ogives 5) et seule puissance nucléaire de l’Union européenne. Et elle possède, – ce que l’on sait moins et qui paraît stupéfiant -, grâce à ses territoires ultramarins (Réunion, Antilles, Guyane, Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, etc.), le domaine maritime le plus étendu du monde, devant les Etats-Unis 6 (figure 1).

La France d’aujourd’hui est en crise, et cette crise est faite d’une gerbe de crises, d’un télescopage de crises. Selon certains auteurs, la France serait même « au bord de l’abîme » 7, un pays qui se « déclasse » 8, un pays qui « tombe » 9 même. Peut-être la pire de ces crises est-elle la crise politique, ou plutôt la crise des élites politiques, c’est à dire, selon moi, la grande lâcheté de nos dirigeants actuels, qui ne voient pas ce qu’ils devraient voir et reculent devant les réformes essentielles par peur de perdre le pouvoir. Le résultat est que la crise empire.

Sans prétention à l’exhaustivité et encore moins à l’objectivité (mais tous les faits, chiffres et citations sont sourcés), cet article analyse quelques aspects de cette crise plurielle.

1. La crise environnementale

Les dérèglements climatiques et la dégradation de la biodiversité affectent tous les pays du monde à des degrés divers, et ils affectent certainement la France, en dépit du combat d’arrière-garde de certains qui trouvent une oreille complaisante auprès de certains médias.

Les vagues de canicule – de plus en plus fortes et fréquentes -, et les mégafeux qui embrasent de nombreuses régions de France, nous mettent en face, comme rien auparavant, de la réalité, de l’actualité et de l’ampleur des dérèglements climatiques.

Car, qu’on ne s’y trompe pas : la multiplication et la gravité de ces feux sont la conséquence des dérèglements climatiques en cours. Depuis des années, la température moyenne dans notre pays est de plus en plus élevée, les sols de plus en plus en secs, les zones humides et la biodiversité jouent de moins en moins leur rôle de rempart naturel. Tout cela est propice au feu.

Dans une étude de 2024, l’INRAE prévoyait que dès 2030, l’activité des feux de forêt augmenterait de 13 à 22 %. Le nombre de grands feux passerait de 7 à 10 par an en 2050, et jusqu’à 20 en 2090 si les émissions de gaz à effet de serre et les températures continuaient de croître. Les feux de petite taille seraient aussi plus fréquents. La saison des feux serait plus longue et toucherait de nouvelles zones en France, comme le Haut-Languedoc et les Cévennes 10.

Nous y sommes déjà.

Le 9 juillet, le ministère de la Transition écologique a publié la première édition d’un bilan annuel sur « les impacts du changement climatique ». 2025 illustre l’accélération du changement climatique en France : quatrième année la plus chaude jamais enregistrée, deux vagues de chaleur majeures ayant concerné 80 % de la population, 78 départements soumis à des restrictions d’usage de l’eau, plus de 30 500 hectares brûlés par les feux de forêt et un coût des événements naturels estimé à 5,2 milliards d’euros 11.

2026 s’annonce pire encore.

Il faut donc poursuivre la décarbonation nécessaire du pays, qui marque le pas. C’est ce qu’on appelle l’ « atténuation » (réduire les émissions de gaz à effet de serre) 12.

Mais, il nous faut aussi – et cela n’est jamais apparu avec autant d’évidence qu’en 2026 – préparer durablement nos territoires, nos infrastructures, nos activités économiques et nos services publics à un climat qui change. C’est l’ « adaptation ».

Les deux vont de pair. Il faudra d’autant plus d’adaptation que l’on négligera l’atténuation, et inversement.

Il n’est pas trop tard. Le drame des mégafeux nous enjoint de nous y atteler sans tarder. Et nous rappelle que ça ne concerne pas que les autres, l’Etat ou les Chinois. Mais aussi nous-mêmes.

2. La crise démographique

La France a une population de 69 millions d’habitants au 1er janvier 2026, une augmentation de quelque 20% depuis 1990. La France s’est longtemps distinguée de la plupart des pays européens par un taux de fécondité plus élevé, aux alentours de 2, voire au dessus. Depuis quelques années, ce chiffre s’est effondré autour de 1,5 13. Il diminue depuis 2010, quand il s’élevait à un peu plus de 2 enfants par femme. Il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale pour retrouver un taux de fécondité aussi bas. En 2025, le nombre des décès a été supérieur à celui des naissances, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Selon l’INSEE, si les tendances démographiques récentes se prolongeaient, la France ne compterait plus qu’environ 66 millions d’habitants en 2070, soit 3 millions de moins qu’en 2026.

À partir de l’année 2037, le solde migratoire ne compenserait plus, en effet, le déficit naturel (hors immigration) et la population commencerait donc à diminuer.

D’ici 2070, le nombre d’habitants de moins de 45 ans baisserait de 8,9 millions, tandis que celui des personnes âgées de 45 à 64 ans serait quasi stable et que celui de 65 ans ou plus augmenterait de 5,8 millions.

Le vieillissement de la population est certain, mais la décrue de la population totale n’est que probable : à horizon 2070, il y aurait entre 61 à 71 millions de personnes en France, selon que l’on abaisse ou élève l’hypothèse de fécondité ou de solde migratoire.

Le vieillissement va se traduire par une baisse de la population active, et donc de la croissance, et un alourdissement des dépenses publiques, que le gouvernement est déjà incapable de maîtriser : les personnes âgées consomment davantage de soins de santé ; les personnes en situation de dépendance vont augmenter ; et surtout le système de retraite par répartition – déjà déficitaire – fera banqueroute.

Au delà, une population trop âgée est une population qui perd son dynamisme, le goût de l’innovation et de la créativité.

Un rebond de la natalité n’est donc pas une revendication réactionnaire, mais un impératif pour le pays.

La bonne nouvelle c’est que les sondages font état d’un désir d’enfant inassouvi en France (2,27 par foyer selon l’UNAF 14, alors que le dernier taux de fécondité est inférieur à 1,6).

Mais un rebond ne se décrète pas. Il y faudra une politique familiale ambitieuse et innovante, qui joue sur un clavier étendu de mesures : accueil des jeunes enfants, congés parentaux, aides financières ciblées, et bien sûr logement.

3. La crise migratoire

En 2025, selon l’INSEE, 8 millions d’ immigrés 15 vivaient en France, soit 11,6 % de la population totale 16 (selon Eurostat, ces chiffres sont encore plus élevés : 9,6 millions, et 14%, respectivement 17).

Cette proportion n’est pas plus forte que dans les pays occidentaux comparables, qui ont eux aussi accueilli des vagues migratoires depuis 20-30 ans : en Allemagne, Suède et Belgique, le taux est de 20% ou plus.

La population étrangère vivant en France s’élève à 6,3 millions de personnes, soit 9,1 % de la population totale (hors clandestins).

Depuis le début des années 2000, le nombre d’immigrés croît plus rapidement que la population totale, du fait de l’augmentation de la population immigrée et de la baisse de la fécondité : la part d’immigrés passe ainsi de 7,3 % en 1999 à 11,6 % en 2025 (figure 2). Cette part n’était que de 3,7% en 1921, lorsque la France disposait encore de l’empire colonial le plus vaste du monde (12,5 millions de km² à son acmé) après celui de la Grande-Bretagne.

Figure 2 : Part des immigrés dans la population française (1929-2024).
Source : INED

Entre le milieu des années 1940 et le milieu des années 1970, les flux d’immigration étaient majoritairement masculins, comblant les besoins de main-d’oeuvre nés de la reconstruction d’après-guerre, puis de la période des « Trente Glorieuses » 18. En 1974, dans un contexte économique dégradé, l’immigration de travail a été ralentie. Depuis cette date, la part des femmes parmi les flux d’immigration a crû que leurs arrivées soient dues au regroupement familial ou à d’autres motifs (suivre des études, trouver un emploi, etc…).

Cette immigration – qui est inégalement répartie sur le territoire français 19 – est devenue pour beaucoup de Français un sujet de préoccupation, au point qu’à droite on parle de « submersion migratoire ».

Le premier sujet de préoccupation, c’est son accélération depuis 10-20 ans. Près de 3 millions de nouveaux titres de séjour ont ainsi été émis de 2011 à 2025.

Second sujet de préoccupation : une proportion croissante des flux est issue d’Afrique, et d’abord d’Afrique du Nord, et non, comme jusqu’il y a une trentaine d’années, principalement d’autres pays d’Europe (Italie, Espagne et Portugal surtout) 20.

Or, et c’est le troisième sujet de préoccupation, cette nouvelle génération d’immigrants s’intègre moins facilement à la société française. Cette population d’origine extra-européenne et en majorité de confession musulmane apporte avec elle un système de croyances, de valeurs et de modes de vie peu compatibles avec les nôtres, et auquel elle n’entend guère renoncer. La montée de l’Islam politique ou Islam radical agit comme une barrière à cette intégration, d’autant que la France a une tradition de laïcité stricte (issue de la loi de 1905 de opération de l’Eglise et de l’Etat) et qu’en tant qu’ancienne puissance coloniale, elle s’attire le ressentiment – très instrumentalisé par certaines idéologies (le wokisme, dans sa tendance décoloniale) et puissances hostiles (la Russie) – des descendants des populations colonisées aujourd’hui parvenus sur son sol.

Témoignent de cette intégration grippée ou refusée : la montée du communautarisme, la contestation des enseignements dispensés à l’école (qui peut aller jusqu’au meurtre d’enseignants 21), la multiplication des attentats terroristes motivés par l’islamisme (dont beaucoup donnent au classement sans suite en raison de l’état psychique de leurs auteurs), la multiplication de manifestations violentes et émeutes (comme après la victoire du PSG en finale de la coupe des champions en mai 2026), la diffusion des mafias (comme la DZ mafia, originaire de Marseille) et du narcotrafic, la montée du racisme anti-blanc (meurtre du jeune Thomas à Crépol dans la Drôme en 2023), la surdélinquance de ces populations 22 surreprésentées dans les prisons, la montée de l’Islam radical, propulsé notamment par le prosélytisme actif des Frères musulmans et des salafistes 23, la tentative de halaliser notre mode de vie (burkini, port du voile, etc.), etc.

Plus grave même du point de vue du potential d’intégration, est en effet le processus de « réislamisation » en cours, surtout chez les jeunes. Selon une enquête de l’IFOP publiée en novembre 2025 24 et qui a fait du bruit : « Au lieu de suivre le modèle habituel de sécularisation, les musulmans de France, et tout particulièrement les plus jeunes, témoignent au contraire d’une forte réaffirmation identitaire passant par l’intensification des pratiques cultuelles, la rigidification des rapports de genre, et l’adhésion croissante aux thèses islamistes. » Selon l’enquête, près d’un musulman sur deux (46%) estime que la charia doit être appliquée de préférence à la loi du pays et chez les jeunes de 15 à 24 ans, l’adhésion à l’islamisme atteint 42%.

De plus, l’ampleur même des vagues entrantes met à mal la capacité de notre pays à intégrer ces populations : dans certaines zones, les enfants issus de l’immigration et les enfants allophones sont majoritaires dans les classes 25, compliquant le travail de transmission, et le parc de logements sociaux ne peut répondre à la demande 26. L’immigration est, en outre, responsable pour une bonne part du regain de la mortalité infantile depuis 15 ans  (4,1 décès pour 1 000 naissances en 2024 contre 3,5 en 2011), après des décennies de baisse, reléguant la France au 23è rang européen, loin derrière l’Italie et le Portugal 27.

Cette population est l’objet des prévenances appuyées de certains partis de gauche, et d’abord de La France Insoumise (LFI), qui y voient un peuple de substitution, le prolétariat, déçu par cette gauche, s’étant jeté dans les bras du Rassemblement national. Jean-Luc Mélenchon, son chef, qui a reçu lors de la dernière élection présidentielle le soutien de 69% des musulmans français, appelle ainsi de ses voeux l’émergence d’une « Nouvelle France », c’est à dire d’une France créolisée.

Un autre argument souvent cité à l’appui de l’immigration est le manque de main d’oeuvre dans certains secteurs et pour certaines tâches chichement rémunérées que les Français boudent : bâtiment et travaux publics, abattage des animaux, cueillette des pommes, services à la personne, etc. Cela est exact, mais l’immigration de travail ne représente qu’une petite minorité des flux entrants (moins de 10% sur la période 2011-2025) ; et les immigrés dans leur ensemble ont un taux d’activité et un taux de chômage, respectivement inférieur et supérieur à celui des Français d’origine 28.

Tous ces éléments – et la peur d’un « grand remplacement » 29 à terme du peuple historique par ces population – n’ont pas peu contribué à un sentiment de d’insécurité, de dépossession et d’exaspération parmi une large majorité de Français, que résume le mot : « on n’est plus chez nous », et qui alimente le vote pour le Rassemblement National (RN).

4. La crise économique

Le tableau économique de la France n’est guère plus reluisant. Il montre un net décrochage de la France par rapport aux pays comparables. Selon un observateur parmi les plus avertis, son économie « s’effondre à vitesse accélérée depuis la fin des années 1990 » 30.

PIB par habitant

La croissance en France est plus lente depuis des années que celles des économies comparables. Il ne faut pas s’étonner donc que, selon l’OCDE, l’écart en termes de PIB par habitant par rapport aux économies les plus riches se soit creusé au cours des 25 dernières années. En particulier, entre 2000 et 2025, la croissance du PIB par habitant en France (de l’ordre de 20% en valeur corrigée de l’inflation) n’a été que d’environ 63 % celle d’un pays moyen de l’Union européenne (UE), de 59 % celle d’un pays moyen de l’OCDE, et de 54 % celle des États-Unis (figure 3). Pour le dire autrement, le PIB par habitant US a crû près de deux fois plus vite que le français.

Figure 3 : L’écart de PIB par habitant se creuse entre France et pays comparables. Source : OCDE.

Aussi, depuis 2022, le PIB par habitant français est-il passé sous la moyenne européenne (-2%), la France rejoignant ainsi le groupe des pays de l’Europe du sud 31.

Productivité

Derrière le décrochage français en termes de PIB par habitant se trouvent celui des gains de productivité et une insuffisante mobilisation des ressources en main d’oeuvre.

La productivité peut se mesurer de deux manières : soit la productivité du travail (en gros PIB divisé par le nombre total d’heures travaillées dans l’année) ; soit la productivité globale des facteurs de production (PGF), où l’on ajoute au dénominateur du ratio la valeur des équipements (une mesure du facteur capital). Cette dernière est plus fiable mais plus difficile à mesurer.

Quelle que soit la mesure retenue, l’OCDE explique ce ralentissement ainsi : « La recherche et le développement (R&D) des entreprises ainsi que l’adoption des technologies sont en deçà des moyennes de l’OCDE. Parallèlement, le déclin du capital humain explique 20 % du ralentissement de la productivité observé entre 1987-2005 et 2005-2022, et l’écart de compétences des adultes (tel que mesuré par l’enquête PIIAC 32) par rapport aux pays les plus performants représente la moitié de l’écart de productivité sectoriel » 33. Il faut y ajouter la désindustrialisation, plus prononcée en France que dans les pays comparables (cf. ci-après).

Insuffisante mobilisation des ressources en main d’oeuvre

Outre des gains de productivité ralentis, l’autre cause de la faible progression du PIB par habitant, c’est l’insuffisante mobilisation des ressources en main d’oeuvre. Moins de travail, moins de production. L’OCDE note que si le taux d’emploi 34 s’est amélioré au cours de la dernière décennie, sa progression a été moins forte que dans les pays les plus performants et, à 69,4 % chez les 15-64 ans en 2025 35, il reste légèrement inférieur à la moyenne de l’OCDE, qui s’établit à 70,4 %.

Globalement, ce taux s’établit en France à 52,7% en 2025 (figure 4), alors qu’il avoisine ou dépasse 60% dans nombre de pays partenaires comme Parys-Bas, Allemagne, Suisse, etc.

Figure 4 : Taux d’emploi dans les pays de l’OCDE. Source : OCDE

Le résultat c’est que le nombre d’heures ouvrées dans l’année en France (figure 5) est l’un des plus bas de l’OCDE ; il était de 1 498 en 2025, contre 1 736 pour l’OCDE en moyenne, mais seulement 1 332 en Allemagne, qui fait figure de contre-exemple. Dans ce pays, comme aussi en Autriche et dans les pays scandinaves, la progression plus forte de la productivité a compensé le moindre volume de travail.

Le drame de la France, c’est à la fois de travailler moins, avec une productivité qui stagne.

Figure 5 : Nombre d’heures travaillées par an par personne en emploi. Source : OCDE

Une raison de ce faible taux d’emploi est la persistance en France d’un taux de chômage élevé (et qui remonte en 2025 après une baisse de près de 3 points depuis 2015) : 7,5% (au 4è trimestre de 2025) contre une moyenne OCDE de 4,9% (figure 6). En mai 2026, le taux de chômage en France s’élevait à 8,2 %, soit un niveau nettement supérieur à la moyenne de l’OCDE (4,9 %).

Figure 6 : Taux de chômage dans les pays de l’OCDE. Source : OCDE

Il n’y a pas de cause unique à la situation singulière de la France. L’OCDE identifie justement l’insuffisance et l’inadéquation des compétences parmi les facteurs qui limitent la croissance française. C’est pourquoi on peut observer un phénomène apparemment paradoxal : chômage élevé et pénuries de main-d’œuvre dans certains métiers. Le coût et la réglementation du travail, le régime d’indemnisation du chômage (jugé généralement comme généreux) sont d’autres causes.

Désindustrialisation

La désindustrialisation du secteur manufacturier au cours des 20 dernières années a été plus marquée en France par rapport à la moyenne de l’OCDE. À la fin de l’année 2025, le secteur manufacturier ne représentait plus que 11,2 % de la valeur ajoutée et 9,1 % de l’emploi salarié, soit une baisse de près d’un tiers par rapport au début des années 2000. Si cette tendance a touché tous les pays de l’OCDE, la part globale de l’industrie manufacturière dans la valeur ajoutée et l’emploi au sein de l’OCDE reste néanmoins plus élevée, à respectivement 15 % et 13 % en 2024, et le recul a été nettement moins marqué (figure 7).

Figure 7 : Désindustrialisation en France vs OCDE. Source : OCDE

Le déclin de l’industrie manufacturière dans l’économie est devenu un enjeu majeur de politique publique, compte tenu des avantages qu’une base industrielle diversifiée apporte en termes de productivité et d’innovation. En raison de leur forte intensité en capital, les activités industrielles manufacturières sont en moyenne associées à une productivité du travail plus élevée et à des salaires plus élevés pour les travailleurs peu qualifiés que les activités de services. De plus, ces activités peuvent avoir des effets multiplicateurs locaux sur l’emploi en raison de la demande en amont et en aval de services.

Pour l’OCDE, les gains de productivité plus importants dans l’industrie et la demande accrue de services liée à l’amélioration du niveau de vie expliquent environ 24 % de ce phénomène. Le redécoupage des frontières industrielles et l’importance croissante des services immatériels dans le processus de production représentent 58 % de ce recul 36. Le reste s’explique par la détérioration de la balance commerciale de la France, mettant en évidence le rôle de la compétitivité industrielle. L’essor des pays émergents explique en partie cette détérioration, qui se traduit par une baisse de la part des exportations françaises dans les exportations mondiales, comparable à celle observée dans d’autres pays européens. Mais la France a également perdu du terrain par rapport à ses partenaires européens, avec une diminution de sa part dans les exportations de la zone euro. Contrairement à l’opinion courante, selon l’OCDE, des facteurs non liés aux coûts expliquent la perte de parts de marché à l’exportation de la France.

Les divers plans de réindustrialisation annoncés à son de trompe par les gouvernements Macron ont au mieux stabilisé, mais pas inversé, la tendance.

Déficit des échanges extérieurs

En dépit d’un redressement depuis 3 ans, la balance commerciale (biens) de la France est déficitaire depuis de longues années. Elle atteint -69 Md€ en 2025 (figure 8).

Figure 8 : Solde de la balance des biens. Source : DG du Trésor

Le déficit commercial s’améliore en 2025 grâce à la réduction de la facture énergétique (-44,2 Md€ contre -55,4 Md€ en 2024, grâce à la baisse des prix de l’énergie) et la hausse de l’excédent du secteur aéronautique (+32,6 Md€, après
+29,1 Md€ en 2024). Le déficit du secteur automobile s’améliore (-20 Md€ en 2025) dans un contexte de contraction des échanges, de même que celui des biens d’équipement (-35,6 Md€ en 2025). Le déficit se creuse dans les secteurs des textiles, habillement, cuir et chaussures à cause de la baisse des exportations (-1,3 Md€ à -6,3 Md€). Les excédents des produits pharmaceutiques et produits chimiques diminuent, mais aussi celui secteur agri-agroalimentaire, qui se réduit fortement, atteignant un nouveau point bas historique (à +0,2 Md€) 37, et celui du luxe (+38,1 Md€, après le record historique de +39,5 Md€ atteint en 2024).

L’Asie-Océanie est la première région contribuant à la dégradation du solde des biens qui est particulièrement marquée avec la Chine (-46,0 Md€ en 2025), la Corée du Sud et le Vietnam. Le solde s’est aussi dégradé vis-à vis des États-Unis (de -3,5 Md€ à -7,4 Md€).

La balance des services reste excédentaire, à un excellent niveau (près de 56 Md€). Les services financiers enregistrent un excédent de +13,0 Md€. Le solde des services de voyages (tourisme) progresse de 4,2 Md€, pour s’établir à 20,1 Md€ en 2025. Celui du frêt maritime, bien qu’encore excédentaire +9,5 Md€, se replie de -3,5 Md€ par rapport à l’année précédente, comme celui des services de télécommunications d’informatique et d’information (-1,7 Md€).

En intégrant l’excédent des services, le solde de la balance des biens et services s’élève en 2025 à -5,2 Md€, contre -3,4 Md€ en 2024.

En intégrant d’autres éléments comme la balance des revenus (déficitaire à -8,0 Md€ en 2025), le solde courant se dégrade par rapport à 2024 : il s’établit à -13,1 Md€ en 2025 (-0,4 % du PIB) contre 2,7 Md€ en 2024 (+0,1 % du PIB).

Les parts de marché (part dans les exportations mondiales de biens et de services) de la France reculent depuis 2016 (figure 9) : de 3,7 à 3,3%, mais elle demeure le 5e exportateur mondial (le 8è pour les biens seuls).

Figure 9 : Parts de marché de la France depuis 2012. Source : ibid

Développement humain

Enfin, si l’on est comme moi (et beaucoup d’autres) dubitatif sur la valeur du PIB par habitant comme mesure du bien-être, une alternative est l’indice du développement humain (IDH), développé en 1990 par les Nations-Unies 36 et calculé régulièrement depuis (avec un nouveau mode de calcul depuis 2010). L’IDH est un indice composite, compris entre 0 (exécrable) et 1 (excellent), et calculé comme la moyenne géométrique de trois indices quantifiant respectivement : la santé / longévité (mesurées par l’espérance de vie à la naissance) ; le savoir ou niveau d’éducation (durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de scolarisation pour les enfants d’âge scolaire) ; et le niveau de vie. 

Si grossier qu’il soit, l’IDH est une meilleure mesure du bien-être que le PIB par habitant, et c’est surtout sa variation au fil des années qui est intéressante.

Or, comme ailleurs, la France chute dans le classement : du 17è rang en 1990 au 26è en 2023 (figure 10).  Ce qui plombe notre pays, ce n’est pas l’espérance de vie, c’est le niveau éducatif qui stagne et le niveau de vie qui décroche.

Figure 10 : Classement des pays au titre du HDI (1990-2023). Source

5. La crise des finances publiques

La France a sans doute les finances publiques dans l’état le plus dégradé parmi les grands pays occidentaux.

En dépit de prélèvements obligatoires parmi les plus lourds au monde (43,6 % du PIB en 2025) (figure 11), le déficit public de la France se creuse de plus en plus, à cause d’une dépense publique hors de contrôle (57,2% du PIB en 2025) 38 (figure 12).

Figure 11 : Taux de prélèvements obligatoires dans les pays de l’OCDE. Source : OCDE
Figure 12 : Poids des dépenses publiques dans le PIB dans les pays de l’OCDE. Source : OCDE

Le déficit public pour 2025 s’établit à 152,5 milliards d’euros, soit 5,1 % du produit intérieur brut (PIB) – ce qui place la France dans le groupe des plus mauvais élèves de l’OCDE (figure 13). Ce déficit est pour l’essentiel le fait de l’Etat (-128,1 milliards, soit 84% du total), qui aggrave son déficit propre par les subventions qu’il verse tant aux administrations de sécurité sociale qu’aux collectivités territoriales 39.

Figure 13 : Déficit public en % du PIB dans les pays de l’OCDE. Source : OCDE

En conséquence, la dette des administrations publiques au sens de Maastricht a atteint 115,6 % du PIB fin 2025, soit 3 460 milliards (figure 14), dont 82% sur le chef de l’Etat (2 823 milliards) et son augmentation en 2025 résulte pour l’essentiel de la hausse de la dette de l’État (+136,2 milliards sur 154,4).

Figure 14 : Dette publique en % du PIB dans les pays de l’OCDE. Source : OCDE

Une autre conséquence est la hausse de la dépense d’intérêts, principalement portée par l’État (+6,8 Md€), en raison de l’accroissement du volume d’emprunt couplé à une hausse du taux d’intérêt moyen. La charge d’intérêt au budget de l’Etat représente aujourd’hui l’équivalent du budget d’un grand ministère (60 milliards dans le projet de loi de finances pour 2026).

J’ai analysé dans d’autres articles de ce blog les raisons de ce dérapage des finances publiques de la France, qui tient pour beaucoup à celui de la dépense sociale (un tiers du PIB français, et 60% environ de la dépense publique totale 40), et notamment de retraite et de santé, à la suradministration du pays (nombre de fonctionnaires, « millefeuille territorial », agences multiples), à l’inefficience de la gestion publique, que mettent en lumière année après année tant de rapport de la Cour et des chambres régionales des comptes, à un clientélisme généralisé 41, qui est peut-être consubstantiel à une certaine (mauvaise) manière de pratiquer la démocratie, et sans doute aussi à la prédominance idéologique de la gauche, qui a placé la réduction des inégalités au sommet des objectifs des politiques publiques, et à partir des années 1980 fait privilégier la redistribution plutôt que la production.

Quoi qu’il en soit, il est urgent de réduire les déficits en réduisant drastiquement la dépense publique. A défaut, la France risque de ne plus contrôler l’évolution de la dette publique.

La hausse des taux d’intérêts en alourdirait la charge, aggravant le déficit. Or, les taux d’intérêt (OAT 10 ans 42) augmentent tendanciellement depuis environ 5 ans 43 (figure 15). Ils sont passés d’un niveau presque continûment négatif entre juin 2019 et septembre 2021 à plus de 4,12% au 24 août 2026, reflétant une hausse mondiale des taux mais aussi une prime de risque plus élevée demandée par les investisseurs sur la dette française, matérialisée par le spread, c’est à dire l’écart de taux entre les obligations souveraines française et allemande comparables.

Figure 15 : Evolution des taux de la dette souveraine en France et Allemagne

La France est à la merci d’une crise de défiance des investisseurs, notamment étrangers 44. Sauf vigoureuse et rapide correction de trajectoire, la France, qui déjà viole les critères de Maastricht, risque à terme rapproché une crise financière du type de celle qui mit la Grèce au tapis en 2008, et qui la placerait sous la tutelle du FMI, de la BCE et de la Commission européenne. Nul doute qu’une telle crise, vu le poids économique de la France dans la zone euro, mettrait à mal l’euro, avec des conséquences en chaîne sans doute très dommageables sur la fiscalité et l’épargne, et donc le pouvoir d’achat des Français. Les conséquences politiques seraient incalculables dans un pays devenu aussi inflammable que la France.

6. La crise éducative

La France connaît un déclin éducatif marqué, comme l’illustre sa chute dans les performances (figure 16) et le classement PISA 45.

Figure 16 : Performances des jeunes Français dans les matières testées par PISA. Source : IFRAP

Je ne suis pas assez expert pour expliquer les raisons de cette chute. Parmi celles les plus couramment avancées, il faut citer la baisse du degré d’exigence, comme en témoignent les taux de réussite au brevet et au baccalauréat, et la baisse de l’attrait de la profession d’enseignant, dont se détournent les élèves les plus brillants du fait de la faible rémunération, de la perte de considération, et du manque de respect accordés aux enseignants, qui par ailleurs – comme indiqué précédemment – ont de plus en plus de mal à exercer leur métier de transmetteur face à des classes composées d’une proportion croissante d’allophones, et des élèves dont le smartphone et les réseaux sociaux sapent les capacités cognitives.

Le monolithe de l’Education nationale, aux ordres d’une petite minorité (d’idéologues, diraient certains) depuis la Rue de Grenelle, et l’absence d’autonomie des établissements publics aggravent le problème. Les réformes, mal pensées, échouent parce que les ministres s’y cassent les dents, et n’ont que rarement la durée pour imposer leur marque (Jean-Michel Blanquer est une exception, qui tint 5 ans, mais avec quels résultats ?).

Selon certains analystes, une bonne partie du mal vient de l’idéologie égalitariste – ou « pédagogiste » 46 – qui imbibe le milieu (ou plutôt les sommets) de l’Education nationale.

L’égalitarisme vise l’égalité comme but, mais son moyen est le nivellement par le bas (le bac pour tous !). Il en résulte des inégalités encore plus fortes que dans le système républicain méritocratique de naguère, car les plus fortunés et les malins savent toujours s’en sortir.

L’historien Emmanuel Todd anticipe que le déclin éducatif de la population française deviendrait manifeste à partir de 2030 lorsque les derniers boomers – moins formés que les plus jeunes générations – auront pris leur retraite 47.

Comme on l’a vu, ce déclin éducatif est partiellement responsable du ralentissement de la productivité. Il affecte aussi la qualité du débat démocratique et la capacité des citoyens à faire des choix éclairés. La démocratie a besoin de citoyens exercés à l’esprit critique, capables de démêler le faux du vrai, de distinguer le sincère du bonimenteur… Il est permis de s’interroger sur la question de savoir si cette capacité de discernement s’est améliorée au cours des dernières années. L’éducation, ce n’est pas qu’un enjeu économique (être plus productif), d’égalité (s’élever), ou d’épanouissement personnel (faire ce que l’on aime). C’est la condition d’émergence de citoyens capables d’exercer leurs droits civiques en pleine connaissance de cause.

La France ne se redressera pas durablement sans relever son école.

7. La crise territoriale

La concentration de la croissance économique et de l’emploi dans les aires métropolitaines, qui s’opère en France depuis plusieurs décennies, accroît les disparités entre régions. Certains territoires se développent et prospèrent, attirant entreprises, emplois et population ; d’autres perdent leur substance économique, leurs services publics et se dépeuplent. Une France se remplit, l’autre se vide, dans des spirales respectivement ascendante et descendante. Il y a aujourd’hui une France des métropoles, qui profitent de la mondialisation et de la redistribution des cartes économiques qu’elle induit, et ses hinterlands, et une « France périphérique », en perte de vitesse, analysée au scalpel par le géographe Christophe Guilluy 48, qui correspond largement à la « diagonale du vide » 49.

Ce n’est pas un sujet nouveau. Dès 1947, le géographe Jean-François Gravier publia un essai qui fit du bruit : Paris et le désert français. L’enjeu alors était de rééquilibrer le développement inter-régional face à l’expansion jugée excessive de l’agglomération parisienne 50. En février 1963, la France gaullienne créa la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR) – alors confiée à Olivier Guichard – pour être un  acteur majeur de cette politique de rééquilibrage que l’on baptise « aménagement du territoire ». Elle survivra sous divers noms jusqu’en 2014, lorsqu’elle est absorbée au sein du Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET).

Dès avant, la mondialisation et les tourments budgétaires de l’Etat avaient favorisé, pour l’une, sans les corriger pour les autres, la réapparition de logiques créatrices de nouvelles inégalités territoriales. Aujourd’hui, selon un expert du sujet : « La tendance spontanée n’est donc pas à l’équilibre du territoire. Les investissements vont aujourd’hui dans les régions les plus riches et non pas, comme pendant les Trente Glorieuses, vers les régions à bas coûts de main-d’oeuvre » 51.

Il en conclut que « la figure de l’État aménageur volontariste est bien révolue (…). (Et) le contexte de recentralisation financière qui est en place depuis quelques années augure un débat pour le moins délicat autour des conditions de production de la justice territoriale du XXIe siècle. Seule une décentralisation/régionalisation puissante, assumée et portée par l’État central, serait en mesure d’apaiser la crainte d’un décrochage irrémédiable des territoires périphériques hexagonaux » 52.

8. La crise politique

Ce qui fait que tous ces problèmes pourrissent, se renforcent mutuellement et s’aggravent au lieu de trouver une solution, c’est la crise politique.

Elle ne se résume pas à l’absence de majorité stable et cohérente à l’Assemblée nationale depuis la dissolution malheureuse de 2024, ni à la pulvérisation/liquéfaction du système des partis depuis l’éclatement du duopole de fait UMP-PS en 2017. Elle a des racines plus profondes, et n’est pas spécifiquement française, comme le montre la montée des partis populistes, notamment de droite radicale, dans tout l’occident.

Pour paraphraser Hamlet, il y a quelque chose de pourri dans les démocraties occidentales.

Je laisse aux philosophes et politologues le soin d’en analyser les causes 53.

Les symptômes en sont la défiance du peuple à l’égard de la politique, ou plutôt de la classe politique, dont l’abstention est un signe, la division du corps politiques en camps irréconciliables, incapables de s’entendre sur une définition minimale du bien commun et de faire les compromis nécessaires pour l’atteindre, s’accompagnant d’une radicalisation des positions et d’une hystérisation du débat politique, qui atteint aussi des abysses de vulgarité. Si les partis extrêmes attirent près de la moitié de l’électorat, si les Français s’en remettent pour recours à des bonimenteurs et à des charlatans, c’est que quelque chose est vraiment cassé dans notre démocratie.

9. Conclusion

Au total, ce qui caractérise la France – le drame de la France – c’est un déclassement, une descente vertigineuse vers l’abîme. Un déclassement qui a des racines anciennes, mais qui s’est accéléré depuis une quinzaine d’années, sous le Hollando-macronisme.

Déclassement économique, éducatif, et des finances publiques, ces trois aspects rétroagissant l’un sur l’autre.

Avec la submersion migratoire, c’est une crise d’une autre nature qui percute la France. Une crise sur lequel pèse une chape de silence qu’imposent les idéologues de l’immigrationnisme et leurs complices dans les médias. La France est en effet menacée, par la mécanique implacable de la démographie, d’une dilution de son peuple historique, qui pourrait se retrouver minoritaire sur son sol d’ici quelques décennies, et marginalisé politiquement par le jeu combiné du droit du sol et du suffrage universel. D’une transformation sans doute irréversible de notre société, de nos modes de vie, de nos valeurs, peut-être même de notre système politique, si l’islamisme, qui progresse dans l’ombre, l’emporte un jour, comme dans la dystopie de Michel Houellebecq 54. Dès aujourd’hui, les Français font l’expérience des conséquences les plus pénibles et les plus dommageables d’une immigration extra-européenne de masse, contre lesquelles nos gouvernements d’extrême centre ne font rien ou si peu.

Peut-être le baril de poudre qu’on remplit jour après jour n’attend-il qu’une étincelle pour exploser.

J’ai l’intime conviction, pour ma part, qu’il n’y a pas de fatalité au déclin. C’est la tâche éminente du politique de faire le constat lucide de ce qui ne va pas et de proposer avec courage les voies du redressement. Encore faut-il voir et vouloir : Ecarter le déni et rejeter la lâcheté. Et c’est pour cela que l’élection de 2027 sera capitale.

Comme le Général, je crois dans la capacité de l’homme – et des Français en particulier – à dire non.

Notes :

  1. Le déclin français est-il réversible ? Renverser la table et sortir de la servitude (2024). J’ai eu la chance d’avoir Jacques de Larosière comme grand patron lorsqu’il fut président de la BERD de 1993 à 1998. ↩︎
  2. Georges Bernanos (1888-1948) : « La langue française est une oeuvre d’art », dans La France contre les robots (posthume de 1970). ↩︎
  3. Cf. le livre de Marc Fumaroli (1932-2020), Quand l’Europe parlait français (2001, réédité en poche en 2026 chez Tallandier). ↩︎
  4. Retrait de l’organisation intégrée de l’OTAN et discours de Phnom Pen en 1966. ↩︎
  5. Ou têtes nucléaires : 290 contre plus de 5 000 la Russie et aux Etats-Unis. La Chine est en 3è position avec environ 600 ogives. ↩︎
  6. 10,9 millions de km2, coïncidant pour l’essentiel avec la surface des zones économiques exclusives (ZEE). La ZEE française représente environ 8% de toutes les ZEE. Rappelons que la ZEE est l’aire située entre la limite des eaux territoriales (22 km des côtes) et s’étendant jusque’à 200 milles nautiques des côtes. ↩︎
  7. La France au bord de l’abîme, livre de l’économiste André-Victor Robert paru en 2024. ↩︎
  8. La France qui déclasse, livre de l’historien Pierre Vermeren, paru en 2022. ↩︎
  9. La France qui tombe, livre de l’essayiste Nicolas Baverez, paru en 2004. ↩︎
  10. Source : INRAE. ↩︎
  11. Source : Ministère de la transition écologique. ↩︎
  12. D’après la dernière estimation du CITEPA, les émissions de GES hors puits de carbone ont baissé de -2,1 % (‑7,6 Mt CO2e), en passant de 367 Mt CO2e pour 2024 à 359 Mt CO2e en 2025. Ramenées au nombre d’habitants, elles passent de 5,4 tCO2e/habitant à 5,2 t. Le budget carbone 2024-2028 vise un montant moyen annuel d’émissions de 342 Mt CO2e. Source : CITEPA↩︎
  13. Il s’agit de l’indicateur dit « conjoncturel » de fécondité, qui mesure la fécondité une année donnée, toutes générations confondues. Chaque année, l’Insee calcule les taux de fécondité par âge, et estime à partir de ces taux un nombre purement théorique d’enfants par femme. On fait comme si une femme avait au cours d’une vie les comportements de fécondité des femmes de l’année en question ce qui en pratique n’est jamais le cas. Cette photographie mélange des mères de générations âgées de 18 à 45 ans, nées à des époques très différentes. Elle ne permet pas de savoir combien les femmes auront réellement d’enfants à la fin de leur vie féconde (l’équivalent d’un film et non plus d’une photographie). Il serait plus normal de qualifier cet indicateur « d’espérance de fécondité », comme l’espérance de vie.Nombres d’enfants par femme en âge de procréer. Pour juger de l’évolution sur longue période, l’indicateur dit de « descendance finale », beaucoup moins médiatisé, est plus pertinent. Il s’agit du nombre d’enfants mis au monde au cours de leur vie féconde par une génération de femmes nées une année donnée. On ne connaît sa valeur à peu près définitive que quand les femmes n’ont plus qu’une faible probabilité d’avoir des enfants, autour de 45 ans. Aujourd’hui, on dispose de ce chiffre pour les générations nées à la fin des années 1970. Les femmes nées en 1980 – dernier chiffre connu, pour l’année 2025 – ont eu en moyenne deux enfants (2,04 exactement), un petit peu plus que celles nées à la fin des années 1960. Source. ↩︎
  14. Sur la base de deux sondages dont les résultats ont été publiés début 2024. Selon l’UNAF, « Les études de l’UNAF identifient clairement les prérequis que les Français considèrent comme nécessaires avant d’envisager un enfant : Avant d’avoir un enfant, la priorité est d’être en couple stable (57 %) et d’avoir un logement adapté (54 %). Avoir assez d’argent (48 %) est déterminant, plus encore pour les personnes “sans enfant” (61 %). Par rapport à 2012, la question financière est devenue plus importante que la question du travail stable, signe d’une précarisation ressentie qui dépasse le seul statut d’emploi. Ces données révèlent que le projet parental est conditionné par un triptyque stabilité affective — logement — ressources financières dont chaque composante doit être réunie. L’absence de l’une d’entre elles suffit à reporter ou annuler le projet ». Source : UNAF. ↩︎
  15. Un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. ↩︎
  16. 2,6 millions d’entre eux, soit 33%, ont acquis la nationalité française. ↩︎
  17. Source : Rockwell Foundation Berlin. ↩︎
  18. En gros, la période 1945-1975, correspondant à la période de plus forte croissance économique que la France ait jamais connue dans son histoire. L’expression est due à l’économiste Jean Fourastié, dans le livre éponyme de 1979. ↩︎
  19. L’Île-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur sont les régions métropolitaines comptant le plus d’immigrés dans leur population (20,7 % et 11,3% respectivement), tandis que la Bretagne est celle qui en compte le moins (4,2 %). ↩︎
  20. En 2025, près de la moitié des immigrés vivant en France sont nés en Afrique (49,2 %) et près du tiers en Europe (30,3 %).  Mais la proportion issue d’Afrique est beaucoup plus élevée dans les flux entrants récents. ↩︎
  21. L’exemple le plus tragique est l’assassinat de Samuel Paty en par un militant islamiste tchétchène arrivé en France en vertu du droit d’asile. Le beau film L’abandon (2026) raconte les derniers jours de sa vie et l’engrenage terrible qui a conduit à sa décapitation. ↩︎
  22. En 2024, les étrangers représentent 8 % de la population française, mais ils sont responsables de 13 % des violences sexuelles, 18 % des homicides, 27 % des vols violents et 38 % des cambriolages. ↩︎
  23. Qui a fait l’objet d’un rapport officiel en 2025. ↩︎
  24. Source : IFOP. ↩︎
  25. Au cours de l’année scolaire 2023-2024, 88 500 élèves allophones ayant des besoins éducatifs particuliers dans le domaine de l’apprentissage du français langue seconde sont scolarisés en France. Source : Note du Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (DEPP). ↩︎
  26. En 2019-2020, 35% des immigrés résident en logement social. Plus d’un immigré d’Afrique subsaharienne sur deux y réside. Les immigrés sont surreprésentés dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), qui comptent une part importante de logements sociaux : 23 % d’entre eux y résident, contre 7 % de l’ensemble de la population de 18 à 59 ans. Source : INSEE↩︎
  27. Un rapport de l’IGAS d’août 2026 souligne que « la présence de femmes enceintes d’origine étrangère plus nombreuses emporte des conséquences notables en termes de mortalité infantile » et conclut que la conjugaison de deux facteurs a) quantitatif : l’augmentation du nombre de mères nées à l’étranger – la proportion d’enfants ayant une mère née hors de l’UE, est passée de 16,11 % en 2010 à 23,51 % en 2024-, et b) qualitatif : la hausse du taux de mortalité infantile chez ces femmes passé de 4,5 ‰ à 5,3 ‰, celui des mères nées en France étant resté stable à 3,3 ‰, a provoqué une hausse du taux de mortalité infantile de 0,25 point, soit près de la moitié de la hausse totale.   ↩︎
  28. En 2021, 70 % des immigrés de 15 à 64 ans sont actifs, c’est-à-dire en emploi ou au chômage, contre 74 % des personnes sans ascendance migratoire directe et 67 % des descendants d’immigrés. En 2021, 8 % des personnes actives de 15 à 74 ans vivant en France hors Mayotte sont au chômage au sens du Bureau international du travail (BIT). Le taux de chômage des immigrés (13 %) et celui des descendants d’immigrés (12 %) sont nettement supérieurs à celui des personnes sans ascendance migratoire directe (7 %). Source : INSEE. ↩︎
  29. Expression forgée par l’écrivain Renaud Camus, classé à l’extrême droite et bête noire de la gauche. ↩︎
  30. Christian Saint-Etienne, dans France : état d’urgence, paru en 2014. ↩︎
  31. Source : INSEE. ↩︎
  32. PIIAC: Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC), un programme d’évaluation et d’analyse des compétences des adultes. Le principal produit du PIAAC est l’Évaluation des compétences des adultes, une évaluation internationale informatisée auprès des ménages, destinée aux adultes âgés de 16 à 65 ans. Elle est conçue sous forme de cycles décennaux. ↩︎
  33. Avec 1,4 % du PIB, les dépenses de R&D des entreprises se situent aux alentours de la moyenne de l’UE, mais restent bien en deçà de celles des pays les plus performants, ce qui limite la capacité de la France à innover et à être compétitive dans les segments technologiques à forte valeur ajoutée. Le taux de dépôt de brevets par les entreprises est également quatre fois plus faible en France que dans les cinq pays les plus performants de l’OCDE. L’adoption des technologies numériques reste relativement limitée en France ; près d’une entreprise sur deux (comptant au moins 10 salariés) dans les pays de l’OCDE utilise déjà les technologies du cloud, alors que la proportion d’entreprises françaises qui y ont recours est deux fois moins élevée. La France accuse également un retard en matière d’Internet des objets (IoT) et d’intelligence artificielle (IA), en particulier parmi les PME. ↩︎
  34. Le taux d’emploi rapporte le nombre de personnes en emploi à la population totale. ↩︎
  35. Selon l’INSEE, en 2025, en France, 69,3 % des personnes âgées de 15 à 64 ans sont en emploi au sens du Bureau international du travail (BIT), contre 66,6% en 1975. Le taux d’activité des 15‑64 ans (rapport entre le nombre d’actifs et l’ensemble de la population correspondante) augmente de 0,6 point sur l’année et atteint 75,1 % : il est, comme le taux d’emploi, à son plus haut niveau depuis 1975.  ↩︎
  36. L’externalisation des fonctions non productives (maintenance, logistique, comptabilité, informatique, etc.) par les entreprises industrielles vers le secteur des services fait apparaître, d’un point de vue statistique, un recul de l’industrie, mais reflète en réalité une transformation organisationnelle, sans véritable diminution de l’activité productive. À cela s’ajoute une augmentation de la consommation intermédiaire de services liée à l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. ↩︎
  37. Ce repli s’explique principalement par la détérioration du solde des produits agroalimentaires (de +4,6 Md€ en 2024 à +0,5 Md€ en 2025, point bas historique). Le solde des produits agricoles se détériore aussi, passant en territoire négatif et atteignant un point bas historique (de +0,5 Md€ en 2024 à -0,3 Md€ en 2025). ↩︎
  38. Source : INSEE. ↩︎
  39. Et du poids des retraites des agents de l’Etat, imputées au budget (via un compte d’affectation sociale, cf. mon article sur la réforme de 2023, sur ce blog). ↩︎
  40. Le total des dépenses de la protection sociale (qui inclut les prestations et les dépenses de fonctionnement et de gouvernance du système) atteint près de 1 000 millards d’euros (982,2) en 2024, soit 33,6 % du PIB, dont 41% au titre de la vieillesse (hors survie) et 36% au titre de la santé (Source : DREES). Faute de place, je n’analyse pas ici ce qu’on aurait pu tout aussi bien appeler « la crise des régimes de retraite », et « la crise du système de santé ». ↩︎
  41. J’entends par clientélisme la tendance des politiques à réduire le corps politique à un simple agglomérat de groupes ou de catégories, qu’il s’agit de contenter ou d’amadouer en leur distribuant – sans considération de l’intérêt collectif – des avantages ou prébendes (prestations, réductions d’impôt, subventions, ou encore emplois) financés par la caisse publique, c’est à dire l’universalité des contribuables. ↩︎
  42. Obligations assimilables du Trésor à 10 ans, l’instrument de dette publique de l’Etat le plus utilisé. ↩︎
  43. Le taux de l’OAT a même été négatif presque continument de juin 2019 à décembre 2021. ↩︎
  44. Ils détiennent 56 % de la dette négociable de l’Etat à fin 2025 (source: Banque de France), incluant des fonds de pension, des gestionnaires d’actifs mondiaux, des compagnies d’assurance, des fonds souverains étrangers et la BCE. ↩︎
  45. PISA (Programme for International Student Assessment) est le programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves. PISA mesure la capacité des jeunes de 15 ans à utiliser leurs connaissances et compétences en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences pour relever les défis de la vie réelle. La dernière étude PISA, portant sur l’année 2024 montre que la France se classe 23e en mathématiques, 28e en lecture et à nouveau 26e en sciences sur les 85 pays participant. ↩︎
  46. Selon l’expression de Jean-Claude Brighelli, auteur de La fabrique du crétin (2005). ↩︎
  47. Dans son essai La lutte des classes en France, paru en 202O. C’est un effet de « cohorte » : des jeunes de moins en moins bien formés remplacent des boomers (nés en gros entre 1946 et 1964) qui n’étaient pas ou peu formés, à mesure que ces derniers partent en retraite. Le niveau éducatif global continue de monter. Cet effet s’efface vers 2030, lorsque tous ou la plupart des boomers seront sortis de la population active. ↩︎
  48. Dans un essai au titre éponyme paru en 2014. ↩︎
  49. Elle fait référence à une large zone géographique s’étendant en diagonale du nord-est au sud-ouest de la France, marquée par une faible densité de population et une activité économique moins dynamique par rapport au reste du pays.  ↩︎
  50. Que la réforme de 1964 (loi du 10 juillet 1964) a réorganisée en supprimant les départements de la Seine (75) et de Seine-et-Oise (78), remplacés par huit nouveaux départements (Paris (75), Hauts-de-Seine (92), Seine-Saint-Denis (93), Val-de-Marne (94), Essonne (91), Yvelines (78), Val-d’Oise (95)) et en transférant certains biens aux transports régionaux. ↩︎
  51. Romain Pasquier, chercheur au CNRS, dans Les fractures territoriales en France : Construction d’un problème public, https://www.vie-publique.fr/files/fiche_produit/pdf/3303330404027_EX.pdf. ↩︎
  52. Ibid. ↩︎
  53. Par exemple, Marcel Gauchet, dans Le noeud démocratique (1984). ↩︎
  54. Soumission, paru en 2015. ↩︎

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